Livre III, g
192 8GHOPENHAUER
d'ordinaire et beaucoup mieux par récriture ^.r>La Nuit du Corrège, le Génie de la Gloire d'Annibal Carrache, les Heures de Poussin sont de belles toiles ; mais elles ne sont belles que de leur beauté intrinsèque, par les figures qu elles présentent à nos yeux. Comme allégories, (( elles ne valent pas une inscription ». Dans la Nuit du Corrège, la lumière surnaturelle qui part de l'enfant est même, malgré la beauté de Fexécution, une impossibilité physique. Schopenhauer renvoie Fallégorie à la poésie, et, revenant à Winckelmann, il conclut en disant qu'on peut avoir le plus vif sentiment du beau et le jugement le plus sûr dans l'appréciation d'une œuvre isolée, sans être en état d'expliquer philosophiquement la nature du beau et de l'art, de même qu'on peut être un homme très bon et très vertueux, avoir la conscience la plus délicate, savoir peser la valeur d'une actionmorale avec la rigueur d'une balance de précision, sans être capable de construire sur une base philosophique une théorie de l'activité humaine.
Avant de quitter le domaine des arts plastiques, Schopenhauer insiste encore une fois sur la nécessité absolue qui s'impose à l'artiste de parler aux yeux et à l'imagination. La notion abstraite, ou le concept, l'allusion historique ou morale, l'allégorie, le symbole, peuvent intéresser le simple curieux ou l'observateur superficiel. L'image concrète et visible, l'aperception immédiate de l'Idée, sont faites pour le connaisseur, plus ou moins artiste lui-même, seul juge en dernier ressort. « En conséquence, quelle que soit Futilité pratique du concept, quelles que soient ses applications, sa nécessité, sa fécondité dans les sciences, il n'en reste pas moins éternellement stérile pour Fart. Au contraire,