‹ Schopenhauer, l'homme et le philosopheChapitre 73 sur 120 · Die Welt als WiUe und VorsteUungy livre IV · texte numérisé non relu

Die Welt als WiUe und VorsteUungy livre IV

personne et dans sa conduite, chacun de nous, dans son sens intime, se juge libre jusque dans la moindre de ses actions particulières, et s'imagine que dans chaque cas donné il pourrait agir indifféremment de telle ou telle manière. C'est seulement par l'expérience et après réflexion qu'il reconnaît que son^ction jaillit avec une entière nécessité du choc de son caractère avec leâ motifs. »

Les derniers mots indiquent de quelle manière, selon Schopenhauer, nos actes sont déterminés. L'acte dépend du motif, et le motif tient au caractère. C'est donc, en dernière analyse, le caractère qui règle la direction de notre activité.

Le caractère, c'est la marque de l'individu, c'est ce qui le distingue au sein de l'espèce, u Toute chose dans la nature a ses propriétés et ses forces, qui à chaque sollicitation déterminée répondent par une réafction également déterminée, et qui constituent son caractère : de même l'homme a son caractère, d'où ses actions procèdent avec' nécessité, par l'intermédiaire des moj,ifs. )) Mais le caractère peut revêtir plusieurs formes. Kant avait déjà distingué entre le caractère intelligible et le caractère empirique ^. Le premier, c'est l'essence de l'individu, inaltérable et indivisible ; le second, c'est sa conduite, telle qu'elle se révèle aux yeux de l'expérience, dans la série de ses actes particuliers. Le caractère empirique n'est, en quelque sorte, que le déploiement du caractère intelligible dans le temps et dans l'espace. « Le caractère defchaque homme, s'il a vraiment quelque chose d'individuel et s'il ne se ramène pas tout entier à celui de l'espèce, peut être envisagé comme une Idée particulière, répondant à une manifestation originale de

1. Critique de laraisonpvre : Logique transcendentàU ; IL /Ho* îectique, livre II, chap. ii, 9» section.

la volonté. Cette manifestation serait alors son caractère intelligible, dont le caractère empirique serait le phénomène. Le caractère empirique est complètement déterminé par le caractère intelligible, dont il présente le reflet dans le cours d'une existence humaine. Mais cette détermination ne s'étend qu'à l'essentiel, non aux circonstances extérieures et accessoires, qui fournissent les motifs... Par exemple, c'est une question accessoire de savoir si l'on joue des noix ou une couronne; mais de savoir si l'on triche ou si l'on joue honnêtement, c'est une question essentielle : celle^îi tient au caractère intelligible, l'autre dépend des circonstances, Gomme un thème unique peut donner lieu à cent variations, ainsi le même caractère peut apparaître en cent existences différentes. Mais quelle que soit la variété des influences extérieures, et de quelque manière que le caractère empirique se comporte dans la vie, il faut toujours qu'il réponde au caractère intelligible dont il est l'expression ^. »

Nous n'avons aucune intuition immédiate sur le caractère intelligible, même sur le nôtre. Nous jugeons les autres d'après leur conduite, et nous n'avons pas d'autre mesure pour nous juger nous-mêmes. C'est en nous voyant à l'œuvre que nous pouvons dire ce que nous valons et ce que nous sommes. Chacune de nos actions est un trait de plus dans la peinture que nous faisons de notre personne dans le cours de notre vie. /

Schopenhauer distingue encore une troisième forme du caractère : c'est le caractère acquis, (c celui qu'on se fait dans la vie et par l'usage du monde, celui dont on parle lorsqu'on loue un homme d'avoir du caractère, ou qu'on le blâme de n'en avoir pas. Le caractère

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