Die WeU aîa WiUe und ForJtcZZung, Umtô
empirique, forme visible du caractère intelligible, étant invariable, conséquent avec lui-même, comme tout phénomène de la nature, on pourrait croire que l'homme aussi devrait se montrer toujours pareil, conséquent, et n*avoir pas besoin de se faire, à force d'expérience et de réflexion, un caractère artificiel. Il n'en est rien. L*homme est bien toujours le même, mais on ne se comprend pas toujours soi-même ; on méconnaît sa propre nature, jusqu'à ce qu'on ait acquis une expérience suffisante de ce qu'on est... Chacun trouvé en lui des dispositions pour tout ce que l'homme peut désirer et atteindre. Mais dans quelle mesure lui ont-elles été départies ? c'est ce que l'expérience seule lui apprendra. Il a beau n'écouter que les désirs qui sont conformes à son caractère, il n'en sent pas moins, à de certains moments, et sous certaines influences, s'éveiller en lui des désirs contraires, inconciliables avec les premiers, et qu'il doit faire taire, s'il veut donner suite aux autres. Notre route sur terre est une ligne, et non une surface. Si nous voulons atteindre quelque bien et le posséder, il faut que nous en laissions à droite et à gauche et sans regret une infinité d'autres. Si nous ne sommes pas capables de ce renoncement, si, comme des enfants devant une boutique de la foire, nous tendons les mains vers tout ce qui nous fait envie, nous fafeons de notre ligne de conduite une surface ; nous nous mettons à courir en zigzag, à poursuivre des feux follets, et nous n'arrivons à rien..,. C'est pourquoi ni le vouloir ni le pouvoir ne suflisent à eux seuls ; il faut encore savoir ce qu'on veut, savoir aussi ce qu'on peut. Tant qu'on n'en est pas là, et en dépit de ce que le caractère empirique peut avoir de conséquent avec lui-même, on est un homme sans caractère. On est bien obligé de rester
fidèle à soi-même et de parcourir sa carrière, traîné qu'on est par son démon ; mais on ne va pas droit devant soi ; on ne trace jamais qu'une ligne tremblée, flottante, avec des vacillements, des écarts, des retours, sources de regrets et de chagrins. On voit bien devant soi tous les objets grands ou petits que l'homme peut désirer ou atteindre ; mais on ne sait pas quels sont, parmi ces objets, ceux qui nous conviennent, ceux qui sont à notre portée, ou seulement à notre goût. On enviera à son semblable une situation qui pourtant n*est conforme qu'à son caractère à lui, et dans laquelle on se sentirait malheureux jusqu'à n'y pas pouvoir durer. Le poisson ne se sent bien que dans l'eau, l'oiseau dans l'air, la taupe sous la terre : de même l'homme ne respire à l'aise que dans une atmosphère qui lui est appropriée ^. »
Le caractère acquis est donc le fruit de la connaissance de nous-mêmes. Instruits par l'expérience, nous savons ce que nous voulons et ce que nous pouvons ; (( nous avons fait provision de maximes que nous tenons toujours sous la main », et que nous appliquons aux cas particuliers ; enfin nous réglons notre conduite avec réflexion, comme si elle était le résultat, non plus de notre volonté, mais de notre pensée.
Jusqu'à quel point le caractère acquis peut-il différer du caractère empirique ? En d'autres termes, jusqu'à quel point l'homme peut-il déterminer son caractère, ou du moins le régler, en prévenir les écarts ? Sur cette question, les déclarations de Schopenhauer varient quelque «peu, et sa doctrine aussi présente « une Hgùe un peu flottante ». Le moraliste en lui, qui se botne à décrire ce qu'il a observé, n'est pas toujours d'aceord