Livre IV
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avec le métaphysicien, qui a la garde d'un système. Le moraliste, dans le passage qui précède, s^pible admettre que nous pouvons changer non seulement les moyens de satisfaire nos désirs, mais nos désirs eux-mêmes, ce qui revient à dire que Tintelligence peut diriger la volonté. Mais voici le métaphysicien qui arrête le moraliste, et lui souffle à l'oreDle que la conduite est l'expression du caractère, que le caractère est la manifestation de la volonté, et que la volonté est immuable. Et le métaphysicien flnit par avoir raison. «D'après l'ancienne doctrine, l'homme n'aurait qu'à délibérer sur ce qu'il voudrait être, et il le serait ; en cela consisterait le libre vouloir. L'homme serait son propre ouvrage, fait à la lumière de la connaissance. Et moi je dis : il est son propre ouvrage avant toute connaissance; la connaissance ne vient qu'après coup, pour éclairer le travail fait. » Aussi Schopenhauer ne prend pas la peine de nous donner des préceptes. iLa philosophie, selon lui, même en morale, doit rester théorique; elle est simple spectatrice des choses. Vouloir diriger les hommes, modeler les caractères, ce sont « des prétentions du vieux temps. La vertu ne s'enseigne pas plus que le génie. Nos systèmes de morale ne feront jamais des hommes vertueux, de grands caractères, des saints, pas plus que nos théories sur l'art ne susciteront des poètes, des statuaires, des musiciens. » On dit souvent que l'homme est l'artisan de sa destinée ; Schopenhauer dit que c'est notre démon qui nous mène.
QUAND rhomme, ayant pris conscience de lui-même, sachant enfin ce qu'il veut et cequ*il peut, se met à considérer ce monde où un sort inconnu Ta jeté, que trouve-t-il devant lui ? Il n*obéit plus, comme Tanimal, comme Tenfant, à un aveugle besoin de conservation. Il sent bien encore en lui quelque chose qui le porte à agir et à désirer, à se répandre au dehors et à attirer à lui ce qui est à sa portée ; mais c'est une aspiration sereine et claire, capable de se maîtriser, de s'exciter ou de se ralentir, ou même de s'anéantir tout à fait. Alors il fait un retour sur lui-même. Avant de s'engager plus avant dans la vie, il jette un regard en arrière sur le chemin parcouru. Quel besoin avait-il de s'efforcer et d'agir, et quel bien lui en est-il resté ? De quel prix a-t-il payé ses jouissances P Jusqu'ici, il a été a traîné par son démon » : le suivra-t-il encore, maintenant qu'il le connaît et qu'il peut s'affranchir de lui ? Toutes questions qui se ramènent à une seule : la vie vaut-elle ce qu'elle nous coûte, et, si nous étions libres de choisir, ne ferions-nous pas un marché de dupe en acceptant l'existence ?
(( On a peine à croire à quel point est insignifiante et vide, aux yeux du spectateur étranger^ ào^^^V^^xsX
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stupide et irréfléchie. Chez Facteur lui-même, l'existence que coulent la plupart des hommes : une agitation qui se traîne et se tourmente, une marche titubante et endormie, à travers les quatre âges de la vie, jusqu'à la mort, avec un cortège de pensées triviales. Ce sont des horloges qui, une fois montées, marchent sans savoir pourquoi. Chaque fois qu'un homme est conçu, l'horloge de la vie se remonte, et elle reprend sa petite rilotirnelle qu'elle a déjà jouée tant de fois, mesure par mesure, avec des variations insignifiantes. Chaque Individu, chaque visage humain, chaque vie humaine, n'est qu'un rêve sans durée de l'esprit infini qui anime la nature, du vouloir vivre indestructible; c'est une image fugitive de plus, qu'il esquisse en se jouant sur sa toile immense, l'espace et le temps, une image qu'il laisse subsister un instant, et qu'il efface aussitôt, pour faire place à d'autres ^. »
Telle est la vie humaine, dans son apparition générale et commune. Toute fugitive qu'elle est, elle pourrait encore nous plaire, si du moins elle n'exigeait rien de nous. Mais il faut que nous la remplissions avec des actes. Chaque être est, pour son compte, une personnification du vouloir vivre universel. Or, vouloir vivre, c'est faire effort. Quand l'efibrt est contrarié, il se traduit par une souffrance. Quand il aboutit, il procure une satisfaction ; mais cette satisfaction dure peu, car elle est suivie aussitôt d'un nouvel effort; et cette continuité d'efforts, lors même qu'ils seraient tous heureux, cause un état d'inquiétude, qui est encore une souffrance.
Donc vouloir vivre, faire effort et souffrir, telles sont les trois phases invariables de toute existence. La