‹ Schopenhauer, l'homme et le philosopheChapitre 76 sur 120 · Die Welt aïs WiUe und Vorstellungt livre IV · texte numérisé non relu

Die Welt aïs WiUe und Vorstellungt livre IV

soufiPrance est d'autant plus vive que l'intelligence est plus éclairée ; mais elle apparaît dès les degrés inférieurs de Tanimalité. Tout ce qui sent est destiné à souffrir. « A mesure que la volonté revêt une forme plus accomplie, la souffrance aussi devient plus manifeste. La plante n'a pas de sensibilité ; donc elle ignore la douleur. Un faible commencement de souffrance se montre chez les animaux tout à fait infimes, les infusoires et les radiés. Même dans les insectes, la faculté de sentir et de souffrir est encore très limitée. Il faut arriver jusqu'aux vertébrés, avec leur système nerveux complet, pour la voir grandir et suivre les progrès de l'intelligence. Ainsi, selon que la connaissance s'éclaire et que la conscience s'élève, la misère va croissant. Elle atteint son plus haut degré dans l'homme ; et là encore elle est d'autant plus grande que l'individu est plus intelligent et plus éclairé : celui en qui réside le génie souffre le plus. C'est en ce sens, c'est-à-dire en l'appliquant au degré de l'intelligence et non pas seulement au savoir abstrait, que j'entends le mot de VEcclésiaste : « Qui accroît sa science, accroît aussi sa douleur *. »

Mais, peut-on objecter, n'y a-t-il pas des moments où l'ardeur de vouloir s'apaise, où l'homme, ayant obtenu satisfaction sur un point qui lui paraissait essentiel, consent à ne plus rien désirer, où, sentant son existence assurée, il ne demande plus qu'à laisser couler tranquillement ses jours ? Mais alors, continue Schopenhauer, alors se présente devant lui son second ennemi, plus redoutable que le premier, parce qu'il paralyse ses forces et le laisse sans défense : l'ennui. (( Alors intervient le désir de nous délivrer du fardeau de l'existence, ou du moins de le rendre insensible, le

Page 1