‹ Schopenhauer, l'homme et le philosopheChapitre 8 sur 120 · Vitm curriculunif · texte numérisé non relu

Vitm curriculunif

ABTHUR Schopenhauer assure — et on peut le croire sur parole — qu'il n'y eut jamais au monde un plus mauvais employé de commerce que lui. Tout prétexte lui était bon pour se soustraire à un travail qui lui répugnait. La seule chose qui l'intéressât durant les derniers mois d'hiver de 1805, ce furent les conférences que le docteur Gall vint faire à Hambourg sur la phrénologie. n était décidé à garder l'engagement qu'il avait pris visà-vis de son père, et pourtant la pensée de sa carrière manquée le rongeait comme un remords. Il s'en prenait aux autres de sa propre infortune, se confirmait dans son humeur sarcastique et frondeuse, et, généralisant le mal dont il souffrait, il trouvait de plus en plus que le monde était l'œuvre d'un génie malfaisant et hostile à l'humanité.

Son père mourut le 20 avril, étant tombé ou s'étant jeté d'un grenier dans le canal qui passait derrière la maison. Les circonstances de cette mort n'ont jamais été bien éclaircies. Arthur, dans son autobiographie latine, l'attribue à un accident ^ ; mais, dans un document académique et officiel, il n'était pas tenu à plus de détails, ni, en pareille circonstance, à plus de

1. Pater optimus carissimusque suhito, fortuito^ cruento nwrtis génère repente abreptus est. {Vitœ currictUum, 1819.)

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franchise. Dans le public, on croyait à un suicide. Gwinner, Fun des biographes les mieux informés de Schopenhauer, dît : (( Des déclarations qui me sont parvenues indirectement, provenant de la mère et du fils, auquel, du reste, je me suis abstenu de poser aucune question à ce sujet, m'autorisent à penser que le bruit public était fondé. » Grisebach, au contraire, se fait un devoir d'ignorer ces renseignements « indirects ». Ce qui est certain, c'est qu'on remarquait depuis quelque temps chez Henri Schopenhauer une singulière défaillance de la mémoire; il ne reconnaissait plus ses amis, leur parlait comme à des étrangers. Peut-être Arthur Schopenhauer a-t-il pensé à son père, lorsqu'il a écrit ces mots dans un chapitre de son grand ouvrage, où il traite du génie et de la folie : « Le plus souvent, les fous ne se trompent point dans la connaissance de ce qui est immé^ diatement présent; leurs divagations se rapportent toujours à des choses absentes ou passées, et indirectement à la liaison de ces choses avec le présent : en conséquence, leur maladie me paraît affecter surtout la mémoire *. » Si la mort de Henri Schopenhauer a été due à un suicide, c'est un trait de plus à ajouter aux annales pathologiques de la famille.

Arthur pouvait se croire libre ; il porta sa chaîne encore deux ans, pour des raisons qu'il indique. Le ressort de sa volonté était brisé ; une tristesse morne le paralysait; enfin la promesse qu'il avait faite à son père lui paraissait d'autant plus sacrée que celui-ci n'était plus là pour l'en délier. Sa mère, pour l'arrangement de sa vie à elle, se montra moins hésitante. Elle procéda d*abord à la liquidation du fonds de com-

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