‹ Schopenhauer, l'homme et le philosopheChapitre 82 sur 120 · L'Éducation du genre humain, à la fin · texte numérisé non relu

L'Éducation du genre humain, à la fin

l'individu et l'espèce 231

mort ne saurait atteindre le fond de son être, a pour corollaire cette autre conviction que son existence est déterminée par des causes antérieures à sa naissance. Ce qui est sorti du néant doit rentrer dans le néant ; ce qui ne veut pas périr doit se croire incréé, étemel, indépendant du temps. Ce qui est avant et ce qui est après ne sont que deux lignes pareilles, tracées en deux directions différentes. Schopenhauer, en poète philosophe qu'il était, a souvent exprimé cette idée sous forme humoristique, u Rejetez donc vos chimères, et cherchez la vérité en vous laissant guider par la nature. Apprenez d'abord à reconnaître dans tout jeune animal qui s'offre à vos yeux l'espèce qui ne vieillit jamais. C'est l'espèce qui prête à l'individu naissant une jeunesse temporaire, reflet de son étemelle jeunesse; c'est elle qui le fait paraître aussi neuf et aussi frais que si le monde datait d'aujourd'hui. Demandez-vous sincèrement si l'hirondelle de ce printemps-ci n'est pas la même que celle du premier printemps, ou si le miracle d'une création sortie du néant s'est renouvelé un million de fois pour aboutir autant de fois à un anéantissement absolu. Je le sais bien, si j'allais gravement affirmer à quelqu'un que le chat qui en ce moment joue dans la cour est toujours le même que celui qui faisait les mêmes gambades il y a trois cents ans, il me prendrait pour un fou ; mais je sais aussi que c'est une cho3e bien plus folle de s'imaginer que le chat d'aujourd'hui soit absolument différent de celui d'il y a trois siècles ^. » Toujours faudrait-il supposer que le chat s'est perpétué de mâle en mâle pendant trois cents ans, et qu'aucune chatte n'a dérangé la lignée par une intervention indiscrète. Schopenhauer veut résoudre l'étemelle énigme de la

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