‹ Schopenhauer, l'homme et le philosopheChapitre 83 sur 120 · Suppléments au quatrième litre, chap. zu · texte numérisé non relu

Suppléments au quatrième litre, chap. zu

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mort en rayant simplement le temps du nombre des réalités. Le temps, comme Kant Ta enseigné, n'est qu'une forme de notre entendement, une des conditions sous lesquelles nous percevons les choses; il n'a pas d'existence en dehors de nous. C'est une pure illusion de notre esprit. Ce que nous appelons le passé, le présent et l'avenir n'est, en réalité, qu'un seul instant, indivisible et toujours présent. Le philosophe n'ira donc pas dire aux hommes : « Vous avez bien commencé par la naissance, mais vous ne finirez pas par la mort. » Il leur dira : u Vous existez, vous n'êtes pas néant », et il leur rappellera la maxime attribuée à Hermès Trismégiste : « Ce qui est sera toujours, » Et si même alors le cœur angoissé fait retentir sa vieille complainte : « Je vois tous les êtres sortir du néant et y retomber après un court intervalle » , le philosophe répondra : « N'existestu pas ? Ne le possèdes-tu pas, le moment présent, ce moment précieux que tous, enfants du temps, vous désirez avec tant d'ardeur ? Ne l'as-tu pas en ton pouvoir ? Et comprends-tu comment tu y es arrivé? Connais-tu les chemins qui t'ont mené jusqu'à lui? Les connais-tu assez pour pouvoir dire qu'ils te seront fermés par la mort? L'existence de ton être après la destruction de ton corps te semble impossible et inconcevable : mais l'est-elle plus que ton existence actuelle et la route qui t'y a mené ? Comment douterais-tu que les voies secrètes qui t'ont été ouvertes sur le moment présent te conduiront également à tout moment présent que te réserve l'avenir? »

La palingénésie est une de ces fantaisies poétiques que Schopenhauer semait à travers son système et sur lesquelles l'imagination du lecteur pouvait se donner carrière ; sa Métaphysique de Vamour en est une autre, mais plus originale, u II y a quelque chose de tout

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particulier dans le sérieux profond et inconscient avec lequel deux jeunes gens de sexe différent qui se voient pour la première fois se considèrent l'un l'autre, dans le regard scrutateur et pénétrant qu'ils jettent l'un sur l'autre, dans l'inspection minutieuse que tous leurs traits et toutes les parties de leur personne ont à subir. Cet examen, cette analyse, c'est la méditation du Génie de l'espèce sur l'enfant que leur rencontre a rendu possible et sur la combinaison de ses qualités*.» Que le résultat de l'examen soit favorable de part et d'autre, que cette première rencontre amène un rapprochement plus intime, les deux jeunes gens croiront suivre leur préférence, chercher la satisfaction d'un désir personnel : en réalité, ils sont guettés par le génie mystérieux qui veille à la propagation de l'espèce et qui a besoin d'instruments pour l'accomplissement de ses desseins. Le moyen que le Génie de l'espèce emploie pour s'insinuer dans les cœurs et les diriger selon ses vues, c'est l'instinct qui attire les sexes l'un vers l'autre, et qui, comme tous les instincts, ignore le but auquel il tend. Le premier pas d'un individu nouveau vers l'existence, sa véritable entrée dans la vie, c'est le premier regard que les futurs parents échangent entre eux 2. Il semble alors qu'une nouvelle Idée s'annonce, qui, comme toutes les Idées, fait effort pour se mani-

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