‹ Schopenhauer, l'homme et le philosopheChapitre 85 sur 120 · GH0PE5HAUER · texte numérisé non relu

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individus, entre lui et les douleurs qu'ils endurent, qu'ils endurent par sa faute ; en vain ces douleurs lui sont représentées comme étrangères à sa personne : il sent qu'au fond, abstraction faite de la représentation et de ses formes, c'est la même volonté de vivre qui apparaît en tous, et qui, se méconnaissant elle-même, se frappe avec ses propres armes : tandis que, dans Tune de ses manifestations, elle veut augmenter son bien-être, du même coup elle impose une vive souffrance à l'autre. 11 sent que lui, le méchant, il est cette volonté, qu'il l'est tout entière; qu'il n'est pas seulement le bourreau, mais aussi la victime ; qu'il n'est séparé de cette victime et de ce qu'elle soufiTre que par un rêve décevant, dans les formes de l'espace et du temps ^. » L'ancienne doctrine de la migration des âmes enseignait que toute souffrance qu'un être infligeait à un autre être dans cette vie devait être expiée dans une vie ultérieure par une soufiTrance pareille : si l'on supprime de cet enseignement l'idée de temps, c'est-à-dire si l'on suppose que tout se passe dans l'existence présente, on trouvera dans la migration des âmes la forme symbolique du remords de conscience.

L'identité originelle de tous les êtres, qui se révèle vaguement à la conscience de l'homme injuste, apparaît à rétat de claire connaissance aux regards de celui qui a su maîtriser l'aveugle élan de sa volonté. La négation, aussi bien que l'affirmation de la volonté, a ses degrés, depuis la simple justice jusqu'à l'esprit de charité et d'abnégation. L'homme qui, dans l'affirmation de la volonté qu'il trouve en lui, ne va pas jusqu'à nier la même volonté chez les autres, en d'autres termes, celui qui, tout en maintenant son droit, sait

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