Livre IV
respecter le droit d'autrui, lors même qu'il n'y est contraint par aucune loi, est Vliomiae juste. La justice est une vertu purement négative : la bonté lui est supérieure ; elle est active et prévenante. Elle ajoute à la justice la bienveillance et la grâce. Elle nous porte à refuser un service qui nous est dû, ou qui nous est offert, à faire profiter les autres de ce qui nous appartient, jusqu'au point de nous priver pour eux. Ce qui discrédite souvent la bonté, c'est qu'on la confond avec la faiblesse. Mais elle peut s'accorder avec une manifestation très énergique de la volonté ; seulement elle donne pour objectif à la volonté le bien de tous ; elle pose en principe que « notre vrai moi ne réside pas dans notre seule personne, dans ce phénomène que nous sommes, mais dans tout ce qui vit* ». La bonté touche donc de près à Vabnégation ; elle est aiguillonnée par le spectacle de la souffrance universelle. « L'homme bon et généreux ne peut plus consentir à ce que la volonté, se méconnaissant elle-même, goûte ici, en tel individu, des joies frivoles, tandis que là, en tel autre, elle endure la privation. Il voit la volonté souffrir elle-même des tourments qu'elle inflige, et, comme Thyeste, dévorer sa propre chair, pleurer ici un mal immérité, et là faire elle-même le mal sans crainte de Némésis : tout cela parce qu'elle ne veut pas se reconnaître, toujours la même, derrière la multiplicité des phénomènes. Avoir percé le voile dont la Mâyâ hindoue couvrait les yeux des mortels, avoir dissipé toute illusion, et agir désormais avec bonté et douceur, c'est tout un. » Il faut que chaque homme puisse se répéter, en présence de chaque être avec lequel il se trouve en rapport, la vieille formule de la