‹ Schopenhauer, l'homme et le philosopheChapitre 87 sur 120 · Livre IV, §G · texte numérisé non relu

Livre IV, §G

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sagesse orientale : « Tu es ceci. » Celui qui comprend tout ce que cette formule implique, est sur la voie de la vertu et du salut.

La pitié y n qui fait sienne la misère du monde entier », équivaut à la négation de la volonté au point de vue moral, c'est-à-dire au sacrifice de la volonté individuelle dans les relations de la vie; elle aboutit, en dernière conséquence, à la négation de la volonté au sens métaphysique, c'est-à-dire à l'abstention complète du vouloir.

L'homme en qui la volonté est arrivée à ce dernier degré d'épuration, a une idée nouvelle de la vie. II n'a plus devant lui cette alternative de biens et de maux dont se forme chaque existence particulière, et à laquelle s'attache uniquement le regard de celui qui est encore esclave de l'égoïsme. Il voit tout à la fois les douleurs dont il souffre, et celles dont souffrent ses semblables, et toutes celles qu'il juge possibles ; et toutes dans leur ensemble lui offrent le spectacle d'un effort incessamment stérile et d'un perpétuel écoulement. Il a percé le voile de la Mâyâ ; il n'est plus dupe des apparences. L'aiguillon de la jouissance présente, l'appât des espérances lointaines, ne sont plus pour lui des motifs, mais des quiétifs, car il en connaît le vide. Alors sa volonté se replie. De même que sa justice est devenue de l'abnégation, maintenant son abnégation devient de Vascétisme,

L'homme entre alors dans \q nirvana bouddhique, dans le repos éternel. Par ce mot, faut-il entendre le néant ? Ce serait mal comprendre l'évolution morale dont les étapes successives viennent d'être indiquées. S'il ne s'agissait que d'entrer dans le néant, la voie la plus courte serait le snicide. Mais le suicide, loin d'être une négation de la volonté, en est au contraire l'affirmation la plus énergique. L'homme qui se donne la

mort ne demanderait pas mieux que de vivre, si la vie était telle qu'il la désire ; il montre même, par sa résolution violente, combien il était attaché à ces biens dont la privation lui est insupportable. Au reste, «il n'y a pas de néant absolu : un néant n'est pensé comme tel que par rapport à un objet positif; il suppose donc ce rapport et, par conséquent, cet objet. » L'homme qui vit dans le néant, c'est celui qui mène une existence vide, avec le voile de la Mâyâ sur les yeux.

L'ascétisme a plusieurs formes. L'ascétisme monacal, lors même qu'il est entaché de superstition, est un effort courageux vers la sainteté. Mais « le philosophe n'a pas besoin d'être un saint, pas plus que le saint n'a besoin d'être un philosophe; et d'ailleurs ce serait une étrange prétention d'exiger d'im moraliste qu'il eût toutes les vertus qu'il recommande. » Le philosophe se cloître dans sa pensée, comme le moine dans sa cellule. L'état de quiétude où l'avait élevé momentanément la contemplation artistique, devient maintenant un état permanent. Il vit dans le commerce des Idées ; il n'est plus que pur sujet connaissant. « Nous voilà délivrés de nos agitations inquiètes et tumultueuses, de ces perpétuelles alternatives de désir et de crainte, de joie et de douleur, de ces espérances toujours trompées et toujours renaissantes, dont se compose le rêve de la vie pour l'homme encore soumis à la volonté. Ce qui reste, c'est une paix supérieure à toute raison, une paix profonde, un océan de quiétude, cette sérénité confiante et inaltérable dont le simple reflet sur un visage humain, dans un tableau de Raphaël ou du Corrège, est déjà un complet et sûc évangile. Il ne reste plus que la connaissance; la volonté est évanouie ^. »

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