Schemann, Schopenhauer- Brie fcy p. 406 et
2. Die Welt aïs WiUe und VorsteUung, suppléments au quatrième livre, chap. xlix : Die Heilsordnung,
3. Transcendente Spekulation ûber die anscheinende Ahsichtlichheit ira SchickscUe des Einzelnen.
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cl pour épigraphe un mol de Plotin : « Il n'y a pas de hasard dans le monde, il n'y a que de l'ordre et de l'harmonie. » Schopenhauer commence par dire, sans doute pour n'avoir pas Tair de donner un démenti trop formel à ses anciennes théories, qu'il ne faut prendre sa disserlalion que comme une fantaisie métaphysique, et il laisse au lecteur le soin de suppléer çà et là les peut-être dont la trop fréquente répétition aurait alourdi son style. 11 admet une sorte de fatalisme transcendant, un accord mystérieux et préparé de longue date entre noire caractère, les expériences qui le modifient et les influences qui le déterminent ; une direction supérieure de notre vie, dont le sens nous échappe aussi longtemps que nous sommes dans le courant des événements, mais qui se révèle à nous quand les événements sont accomplis et que nous pouvons les considérer dans Tensemble. « Il y a de certaines images appelées anamoiv phoses, qui ne présentent à l'œil nu qu'un objet défiguré, et qui, vues dans un miroir conique, reprennent leur forme régulière : ce miroir, c'est l'intention secrète du destin à notre égard... A ce point de vue, le dogme de la providence peut être admis, sinon au sens propre et dans sa forme anthropomorphique, mais du moins conmic l'expression allégorique et mythique d'une vérité, qui, comme tous les mythes religieux, suffît pour l'usage commun et pour la consolation individuelle. » Nous voilà sur le chemin de l'optimisme, et Schopenhauer est tout près de donner la main à Leibnitz.
Pour goûter Schopenhauer, et pour s'instruire à son école, — car il est instructif, comme tout homme qui a beaucoup vu et beaucoup pensé, — il ne faut pas lui demander une de ces formules générales qu'on puisse «aj)pliqucr à tous les cas particuliers, et sur lesquelles on se repose. Il avait bien certaines idées qui, dans toutes
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ses observations, venaient se mettre au premier plan, comme celles de la faiblesse de notre faculté de connaître, de l'énergie des manifestations volontaires dans toute la nature, de la prédominance de Tespèce sur l'individu, de la supériorité de la contemplation idéale ; mais il avait aussi appris de Kant que l'esprit dogmatique est le pire ennemi de la vérité et la plus dangereuse, illusion du philosophe, et que tout raisonnement qui ne se fonde pas directement sur une expérience peut être infirmé par un raisonnement contraire. 'Chacune des idées maîtresses de sa philosophie, avec les observations et les exemples qui la confirment, forme un groupe à part; mais le système dans son ensemble, si on l'examine de près, se désagrège par toutes ses jointures, ou plutôt, à vrai dire, il n'y a pas de système. Il y a dans Schopenhauer tout à la fois un penseur, un moraliste, un artiste et un poète ; aucun de ces divers personnages qu'il réunit en lui n'est assez puissant pour dominer complètement et absorber les autres ; mais à eux tous ils constituent une personnalité complexe, très originale et peut-être unique dans l'histoire de la philosophie moderne. Peut-être même le temps des systèmes est-il passé ; peut-être l'extension croissante de la recherche scientifique, la multiplicité des objets qui appellent l'attention du philosophe et dont il est obligé de tenir compte, ne comportent-elles plus ces constructions métaphysiques, trop rigoureuses pour ne pas être un peu arbitraires, et trop étroites pour ne pas exclure une grande partie de la vérité.
Au mois de septembre 1831, Schopenhauer, fuyant devant le choléra, était venu s'établir à Francfort. Il se rapprochait de sa mère et de sa sœur, qui depuis deux ans habitaient Bonn ; mais ce n'était pas là sans doute ce qui le déterminait dans le choix de son séjour. Ce qu'il cherchait, c'était une ville un peu animée, avec un certain mouvement littéraire, et, avant tout, une sécurité momentanée contre le fléau.
Johanna Schopenhauer n'avait plus la petite cour qui l'entourait à Weimar. Elle se dédommageait par l'encens qu'elle recevait de divers côtés, à propos de la première édition de ses œuvres complètes, qu'elle venait de publier en vingt-quatre volumes. Eue était tellement habituée à s'entendre louer, qu'elle se donnait l'air d'être indifférente à l'éloge. Son fils lui ayant signalé, en 1833, un article de revue qui lui était très favorable, elle répondit : « Ainsi un chevalier a rompu une lance pour moi ? Je l'en remercie du fond de mon cœur, mais c'est tout ce que j'en veux savoir. Depuis quatre ans ^, je ne m'occupe plus de la critique, et aucune revue ne franchit mon seuil. Quand on le sait,
1. C'est-à-dire depuis l'époque où elle avait commencé la publication de ses œuvres complètes.
c'est peu de chose; quand on ne le sait pas, ce n'est rien * ; et, du reste, on peut facilement se laisser induire en erreur par une sotter critique, et faire plus mal qu*on n'aurait fait sans cela. Je l'ai déjà appris à mes dépens. Mon thermomètre est l'éditeur, et de ce côté-là les choses ne vont pas trop mal. » Si elle était tout à fait sincère, il faut avouer que, sur ce point particulier, elle était plus philosophe que son fils ; il est vrai que le thermomètre de son fils était beaucoup plus bas que le sien. Quant à Adèle Schopenhauer, elle avait toutes sortes de raisons pour regretter Weimar. D'abord, elle était séparée de sa grande amie, Ottilie de Gœthe. Une dame qu'elle connut à Bonn, Sybille Mertens-Schaaffhausen, qui devint sa légatrice universelle, ne la lui remplaçait qu'en partie. Ottilie, c'était pour elle l'influence indirecte, en quelque sorte féminine, de Gœthe, l'ombre protectrice sous laquelle elle cultivait silencieusement son goût pour les arts et même son talent d'écrire; elle publia plus tard des nouvelles et des romans qui eurent quelque succès 2. A l'inverse de sa mère, elle lisait et appréciait les ouvrages de son frère; il lui arrivait même de les discuter avec lui. Quand il fallut quitter Weimar, en apparence pour cause de santé, en réalité pour des raisons d'économie, elle éprouva une brusque déception. Elle ouvrit les yeux sur le luxe éphémère dont elle avait joui ; elle dut même sacrifier une partie de sa fortune, pour payer des prodigalités dont elle n'avait été que le témoin irresponsable. Enfin, l'âge s'annonçait chez elle, sous une de ses formes les moins souriantes, la solitude. Elle avait eu, comme sa