Ces mots sont en français dans la lettre
2. Havs-i Waldr und Feldmàrcheny2 vol., Leipzig, 1844 ; Anna, 2 >ol., Leipzig, 1845; Eine dàniscJie Oeschichte, Bruns'wich ^
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lîicrc, son revc de jeunesse ; mais elle y avait renoncé d'un cœur moins léger, et elle en gardait un souvenir d'amertume. Toutes ces secousses qu'elle éprouva coup sur coup la jetèrent dans une crise morale, qu'elle a retracée dans une lettre. Elle arriva, par les accidents de sa vie, et sans doute aussi par reflet de son tempérament innc, à cette forme d'ascétisme qu'Arlhiîr Schopcnhauer décrit dans un de ses fragments : l'isolement. Leurs natures étaient pareilles ; ils avaient le même sang dans les veines : elle le dit à plusieurs reprises, et elle est, pour ainsi dire, la traduction vivante du pessimisme de son frère.
Ce fut Arthur Schopenhauer qui, un mois après son arrivée à Francfort, songea d'abord à reprendre leur correspondance interrompue. Sa sœur, après lui avoir répondu par une première lettre d'un contenu tout général et qui n'était qu'un souhait de bienvenue, lui en écrivit une seconde, où elle s'ouvrait à lui en toute sincérité :
« Peu de gens ont eu une existence aussi heureuse que la mienne. Mais mon bonheur a été brusquement interrompu; j'ai été amenée à mépriser les personnes qui m'étaient le plus chères, et il m'a semblé un moment qu'il ne me resterait d'autre alternative que la folie ou la mort. Je me suis ressaisie, et j'ai trouvé moyen de supporter la vie, sans être heureuse, mais sans me plaindre. Mon corps est resté malade plus longtemps que mon âme. J'ai trouvé ici une femme qui m'a prise en grande amitié ; elle a fait beaucoup pour moi, et je ne doute pas que ce ne soit elle qui m'ait sauvée. Cependant ce n'est pas pour elle que nous sonunes venues ici. Nous vivions sur un trop grand pied à Weimar ; il s'est trouvé des dettes ; j'ai dû faire moimême de grands sacrifices pour les couvrir ; enJSn îl
a fallu reprendre notre vie autrement, avec d'autres relations, pour des raisons économiques.
(( Ici, nous vivons tranquilles. Je veille un peu plus à la dépense. Pourtant j*ai parfois de graves soucis, que tu ne dois partager en aucune façon. Nous habitons pendant six mois de Tannée une charmante campagne à Unkel, et nous avons passé ici deux hivers comme des étrangères... Nous resterons ici, et cette perspective me laisse dans un calme indescriptible, ni gaie ni triste, ni sérieuse ni enjouée, mais tranquille. Le premier médecin d'ici m'est cordialement attaché ; nous aurons donc tous les soins nécessaires. Notre installation est raisonnable; j'espère donc nous tirer d'affaire sans trop de difficulté...
« Nul sentiment passionné ne m'agite plus, aucun espoir, aucun plan d'avenir, à peine un désir ; car mes désirs frisent l'impossible ; je me suis donc habituée à les voir passer et fuir, comme on suit le vol de l'oiseau dans le ciel bleu. Je vis malgré moi; l'âge m'effraye; j'ai peur de la solitude qui m'attend sans aucun doute. Je ne veux pas me marier, parce que je trouverais difficilement un homme qui fût fait pour moi. Je n'en sais qu'un que j'aurais pu épouser sans déplaisir, et il est marié i. J'ai bien la force de supporter ma solitude, mais je serais profondément reconnaissante au choléra, s'il voulait bien, sans trop de douleur, mettre fin à toute l'histoire. C'est pourquoi ton inquiétude me paraît étrange ; car toi aussi tu te sens malheureux, et il t'est souvent venu à l'esprit de faire faux bond à la vie par un coup de force 2. Mon avis