‹ Schopenhauer, l'homme et le philosopheChapitre 94 sur 120 · Sur Frédéric Osann, voir plus haut, p · texte numérisé non relu

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2. Detn Leben entspringen durch irgend einen Gewaltschritt. — On a vu plus haut (p. 242-243) que Schopenhauer rejette le suicide comme conséquence de sa doctrine. Maiik W'^^c^VCt^Kt^^K^^^^

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est qu'il n'y a qu'à attendre. Je puis très bien vivre; j'ai même des instants de gaieté; mais quand ce sera mon tour, eh bien i soit, aujourd'hui ou demain, n'importe. L'hiver dernier, j'étais d'humeur sombre, je souffrais beaucoup, et je me sentais si bas que je pensais mourir. A la fin, j'ai manqué faire une grosse sottise, un mariage de raison. Par bonheur, il y a ea un empêchement, et ma situation m'est apparue ensuite, claire comme le soleil. L'âge de la passion et de l'amour est passé pour moi ; je puis bien me marier encore, mais seulement avec un homme pour lequel je puisse avoir une estime et une considération particalières, et dont l'intelligence soit supérieure ou du moins égale à la mienne ; car lors même qu'il ne serait que mon égal à ce point de vue, il me serait encore supérieur comme homme. Ce n'est qu'ainsi que je pourrais me décider au mariage en bonne conscience : vois maintenant toi-même si c'est facile. L'homme se trouverait bien, mais serait-ce l'homme fait pour moi? Presque personne ne me connaît. Mon âme a son costume de cérémonie, comme les Vénitiennes ont leurs voiles et leurs masques. On ne voit presque rien de moi. Pourquoi ennuyer les gens ? Ce qu'ils veulent, ce sont quelques paroles banales, et je les leur donne, quand je vais dans le monde...

(( Je suis persuadée que nos caractères, en bien et en mal, se ressemblent beaucoup, et nous nous trouverions facilement des points de contact. Tu n'aimes pas les hommes en général : moi, il en est peu que j'estime; j'aime à vivre seule, ou avec peu de gens ; je ne fuis pas précisément la société. Tu crois connaître la nature

pensée lui en est venue. Il est même permis de croire que, dans ses réflexions sur l'hérédité, la manière dont son père était mort a dû souvent se présentât ^ ftou ««^tvX..

humaine : il y a des moments où je le crois aussi ; mais dans d'autres moments je borne mes prétentions à croire que je commence à me connaître moi-même. Tâche que nous nous voyions : s*il est un homme que je désire connaître, c'est toi.

« Je crois que tu pourras rester cet hiver à Francfort. Au printemps, tu fuiras sans doute vers le Midi, c'est-àdire vers la Suisse française. Donne-moi un rendez-vous dans le voisinage, et, si c'est possible, dans un petit endroit inconnu où je puisse me rendre seule. En attendant, écris-moi ce que tu voudras, parle-moi de toi, des autres, des villes que tu as vues, de livres ou de musique, bref, de ce qu'il te plaira : je te trouverai toujours toi-même dans ce que tu écriras. Ne crains pas que je devienne indiscrète : ce que tu me tairas, je ne chercherai pas à le deviner, par loyauté, et par paresse. Il serait peut-être bon que notre mère n'eût pas l'idée que nous puissions nous écrire ; cependant je suis prête à le lui dire, si tu es de cet avis ^... »

La correspondance d'Adèle et d'Arthur Schopenhauer, malheureusement incomplète, est un vrai chapitre de philosophie pessimiste. C'est l'histoire de deux êtres également portés à lire au fond de leur âme, qui trouvent dans leur commune origine le secret de leurs natures pareilles, et qui, malgré leur réserve instinctive, se sentent d'autant plus attirés l'un vers l'autre, qu'une défiance invincible les sépare du reste du monde. Dans une autre lettre, Adèle écrit à son frère que, si elle avait connu plus tôt ses observations sur l'hérédité, elle aurait pu les compléter, qu'elle avait recueilli pendant

1. Gwinner, Schopenhauers Lében^ p. 385. La lettre est reproduite dans la biographie de Grisebach. — Les lettres de Schopenhauer à sa famille ont été détruites : voir plus haut, p. 19, note 2.

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cinq ou six ans, pour un médecin de ses amis, des exemples pris dans le cercle de ses connaissances ou empruntés au passé, et montrant les rapports de grandpère à petit-fils, de grand-oncle à petit-neveu. « J'ai des idées là-dessus, ajoute-t-elle ; il y en a que je ne puis pas écrire, d'autres que je ne puis pas dire, parce que toi-même je te connais trop peu. Ces phénomènes sont, en réalité, très drôles (drollig). » Il semible que les deux correspondants cherchent à se connaître Tun par l'autre, que chacun lise dans l'autre sa propre histoire.

Schopenhauer autorisa sa sœur à faire part de leur correspondance à leur mère. Il y eut même quelques lettres échangées entre la mère et le fils, le premier mot qu'ils se disaient depuis dix-huit ans ! On apprend par l'une d'elles que Schopenhauer, pendant le premier hiver qu'il passa à Francfort, tomba gravement malade. (( Ta maladie m'inquiète, lui dit sa mère (le 10 mars 1832). Soigne-toi, je t'en supplie. En quoi consiste donc ton mal ? Des cheveux gris, une longue barbe : je ne te vois pas ainsi. Quant au premier point, cela n'est pas grave, et pour le second il y a un remède. Deux mois dans ta chambre, sans voir un homme, cela n'est pas bien, mon fils, et cela m'afîlige. L'homme ne doit pas s'isoler ainsi ; il ne le peut pas, sans perdre physiquement et moralement. Et tu dis encore : « Dieu u merci ! »

11 alla finir sa convalescence à Manheim, et revint à Francfort au mois de juin 1833. Le rendez-vous que sa sœur lui avait demandé n'eut pas lieu ; mais ils se virent plus tard, lorsque Adèle passa par Francfort pour se rendre en Italie avec Sybille Mertens et Ottilie de Goethe : c'est du moins ce qu'on peut inférer d'une lettre qu'elle lui écrivit de Naples (le

30 décembre 1847). Cette lettre témoigne en même temps du goût artistique d* Adèle : « Ta prédiction, mon cher Arthur, que Rome m'ennuierait, ne s*est point réalisée. J'y ai vécu deux ans, avec un intérêt toujours croissant, et même ici je me souviens encore combien Rome est belle... Ottilie prétend que les peintures et les statues me tiennent lieu des hommes : c'est possible. Le sentiment du beau est une douce jouissance, et rien ne le trouble dans l'art. Je ne parlerai sans doute jamais beaucoup de l'Italie ; mais je sens toute l'influence qu'elle a exercée sur mon âme. Elle m'a, pour ainsi dire, détachée de moi-même; elle a éveillé en moi des intérêts nouveaux, des idées nouvelles. Je ne soupçonnais pas tout ce que l'art pouvait me donner. » Adèle Schopenhauer mourut, au retour de son voyage, le 25 août 1849, dans les bras de son amie Sybille ; elle fut enterrée le jour du centième anniversaire de la naissance de son grand ami Gœthe. Est-ce pousser trop loin le parallélisme que de voir dans les dernières lignes qu'on a conservées d'elle un dernier trait de ressemblance avec son frère, qui trouvait, lui aussi, dans la contemplation artistique un avant-goût du nirvana ? La vie de Schopenhauer, dans ses premières années de Francfort, était très retirée, même assez monotone, mais nullement inactive. 11 consacrait régulièrement la matinée au travail, l'après-midi à une promenade aux environs de la ville, quelque temps qu'il fît. Au retour, il lisait les revues et surtout le Times, au casino. Il fuyait la rencontre des gens de lettres et des journalistes. Sa seule société, c'étaient les étrangers de passage à l'hôtel du Cygne, où il prenait alors ses repas, et qu'il quitta plus tard pour l'hôtel d'Angleterre. Il continuait ses (( volumes manuscrits » ; il en était alors au huitième. Il avait toujours l'idée de publier une «»efâQrùàfc ^^îîs^gskvs.

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du Monde comme volonté et comme représentation^ avec les suppléments qu'il préparait depuis longtemps ; mais la première était loin d'être épuisée. Dans un projet de préface, il disait : w L'indifférence de mes contemporains a eu cela de bon que, l'éditeur ayant mis au rebut une partie de la première édition, la seconde a pu se faire encore]demon vivant; j'ai pu ainsi la rédiger moimême et l'enrichir de tout ce que j'ai encore pensé et trouvé dans le cours d'une vie ignorée et d'autant plus tranquille *. w II ne prenait pas toujours si bien les choses. En 1835, il écrivit à Brockhaus, qui lui répondit que la vente de son livre était nulle, qu'il n'en gardait que cinquante exemplaires, et que le reste était converti en maculature. Il publia alors à part les suppléments du deuxième livre, qu'un libraire de Francfort lui prit sans droits d'auteur. Le petit volume avait pour titre : De la volonté dans la nature. Le sous-titre en indiquait le contenu : Exposé des confirmations que la philosophie de Vauteur, depuis son apparition, a reçues des sciences empiriques 2. Au-dessous étaient inscrits en épigraphe trois vers du Promothée enchaîné d'Eschyle : « Voilà les discours que je leur tenais ; — ils ne daignèrent pas m'écouter; — mais le temps qui marche fera tout paraître au grand jour. » Le deuxième livre du Monde comme volonté et comme représentation traite des nianifestations de la volonté : dans l'écrit supplémentaire, Schopenhauer insistait encore une fois sur l'identité de la volonté dans le monde organique et inorganique, « ce fondement de toute vraie philoso-

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