Sàmmtliche Werke, éd. de Grisebach, 6« vol., p
2. Ueber den Willen in der Natur, — Eine ErÔrterung der Bestàtigungeriy wélche die Philosophie des Verfassers^ seit ihrem Auftreterif durch die empirischen Wissenschaften erhaXten hat, Francfort, 1836.
phie», et la préface contenait une sortie vigoureuse contre « la philosophie du non-sens absolu », Thégélianisme.
En 1837, un comité se forma à Francfort pour ériger un monument à Gœthe dans sa ville natale. Si une gloire était chère à Schopenhauer, outre la sienne, c'était celle de Gœthe. 11 ne^ pouvait donc manquer de donner son avis, ce qu'il fit dans un long rapport adressé au comité. Le monument, disait-il, devra être un simple buste, aussi grand que Ton voudra, fût-il de dimensions colossales, comme le saint Charles Borromée sur le lac Majeur ; mais rien qu'un buste. On dresse des statues en pied à des hommes qui ont agi à la fois par la tête et par le bras, à des chefs d'armée, à des souverains, même à des orateurs ; mais d'un penseur ou d'un poète on ne doit montrer que la tête. Que le socle porte cette inscription : « Au poète des Allemands, sa ville natale. » Pas de nom ; un mot de plus laisserait supposer que le nom n'est pas universellement connu. Enfin, que le monument soit placé, non sur un marché, au milieu d'une foule banale, mais dans une allée solitaire, ombragée de beaux arbres, où le spectateur sérieux viendra se recueillir. On pense bien que ce projet parut à la fois trop sérieux et trop modeste aux habitants de Francfort. Le monument exécuté par Schw^anthaler fut une statue en pied, et on l'érigea sur une des places les plus fréquentées de la ville. Schopenhauer disait plus tard à Karl Baehr, qui venait voir les curiosités de Francfort : w Le monument de Schwanthaler ne représente que le conseiller privé Gœthe ; tout le monde en est mécontent, même mon tailleur, qui trouve la redingote mal boutonnée ^. »
1. Schemann, Gesprâche und ^ricftoecKsel wit A. ?*>cWi^etv.hatier, aus dem Nachlasse von K. BàKr,\i«vvL\^A^^'»'^*'^'^'
LA Volonté dans la nature fut l'objet d'une courte mention dans le Répertoire général de littérature, qui se publiait à Leipzig ; ce fut tout, et Schopenhauer, sans se laisser décourager, commença son neuvième volume manuscrit. Au mois d'avril 1837, il lut dans un journal que la Société Royale de Norvège, siégeant à Drontheim, avait mis au concours la question suivante : (( Le libre arbitre peut-il être démontré par le témoignage de la conscience ? » Schopenhauer avait traité du libre arbitre dans le quatrième livre de son grand ouvrage ; il reprit la question à fond, et, en moins d'un an, son travail fut terminé.
A la question posée, il répond par la négative. La conscience peut bien me révéler le pouvoir d'agir qui est en moi. Mais comment ce pouvoir s'exerce- t-il ? En d'autres termes, qudle est la part de spontanéité ou de dépendance, de liberté ou de nécessité, inhérente à chacun de mes actes ? C'est là une question qui porte à la fois sur moi-même et sur mes rapports avec le monde extérieur, et que l'expérience seule peut résoudre. L'acte suit immédiatement la décision de ma volonté ; mais ma volonté obéit à des motifs. De (juelle nature sont ces motifs, et qu'est-ce qui me détermine
dans la préférence que je donne à un motif sur un autre? tt La conscience, telle qu'elle habite au fond de tous les hommes, est chose beaucoup trop simple et trop bornée pour pouvoir émettre un avis sur ces questions... Son témoignage, dépouillé de tout ce qui est accessoire, et réduit à son contenu propre, pourrait s'exprimer à peu près ainsi : Je peux vouloir, et, toutes les fois que je voudrai une action, les membres de mon corps qui sont capables de mouvement l'accompliront aussitôt et tout à fait immanquablement. Cela revient à dire, plus brièvement : Je peux faire ce que je veux. Le témoignage de la conscience immédiate ne va pas plus loin *. » Mais puis-je, dans un cas donné, vouloir indifféremment telle ou telle chose ? Sur ce point, la conscience immédiate reste muette. C'est un problème qui est hors de son domaine et de sa compétence, puisqu'il roule sur le rapport de causalité qui existe entre l'homme et le monde extérieur.
La question posée par la Société pouvait donc être considérée comme résolue. Mais Schopenhauer étend le sujet, et montre comment l'énergie volontaire, consciente ou non, se manifeste dans tous les êtres de la nature, en réagissant contre les sollicitations du dehors. « Car, dit-il, si l'on voulait quitter le domaine de l'expérience pour pénétrer jusqu'à la chose en soi de Kant, on pourrait se demander si le principe qui porte les êtres inanimés à réagir contre les causes extérieures n'est pas identique à ce que l'on désigne par le nom de volonté dans l'homme, comme un philosophe contemporain, à tort ou à raison, a essayé de le démontrer 2. » Ce philosophe n'était autre que l'auteur du Monde comme