Chap. II : Der WiUe vor dem Seîhstbeumsstsein
2. Chap. III : Der WiUe vor dem BetoussUeva a-nvà^Ter Tiva<;^<i..
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volonté et comme représentation, et si les membres de la Société connaissaient cet ouvrage, ce qui est fort douteux, l'incognito était à peu près dévoilé. La démonstration, les exemples, les termes spéciaux, sont les mêmes de part et d'autre, et la conclusion est que, si le monde matériel vit sous l'empire des causes, les actions morales de l'homme sont déterminées par des motifs, qui découlent nécessairement de son caractère. Le libre arbitre se réduit ainsi à une sorte de nécessité intérieure, u Tout ce qui vit dans la nature a, outre le simple attribut de Vexistence, une essence qui lui est propre, c'est-à-dire certaines qualités fondamentales, qui constituent son caractère, et qui n'attendent qu'une sollicitation du dehors pour se manifester. Il en est ainsi de l'homme. Croire que l'homme, sous des influences identiques, puisse agir tantôt d'une façon, tantôt d'une autre toute contraire, ce serait admettre qu'un arbre qui a porté des cerises cet été pourrait porter des poires l'été prochain. Le libre arbitre, à le considérer de près, impliquerait]' une existence sans essence, c'est-à-dire quelque chose qui serait et qui en même temps ne serait rien, ou, ce qui revient au même, ne serait pas : la contradiction est manifeste. »
La Société Royale de Drontheim, dans sa séance du 29 janvier 1839, décerna une médaille d'or à Schopenhauer, et le consul de Suède et de Norvège à Francfort fut chargé de la lui remettre. Gutzkow, qui épousa plus tard la fille du consul, raconte comment il vit Schopenhauer, vêtu d'ime houppelande démodée et la tête couverte d'un chapeau à larges bords, monter presque journellement l'escalier du consulat pour s'informer si sa médaille était arrivée. Elle arriva enfin au mois de juin, et Schopenhauer était en même temps nomme membre de la Société.
Il venait de terminer un autre mémoire, à Toccasion d'un concours ouvert par la Société Royale de Copenhague. Cette fois, le sujet était énoncé dans une longue phrase latine, savamment compliquée :-
« Comme Tidée première de la moralité, ou la notion suprême de la loi morale, se manifeste avec une nécessité qui lui est propre (sans le secours de la logique), soit dans la science qui a pour objet la connaissance des mœurs, soit dans la vie, quand nous jugeons nos propres actions à la lumière de notre conscience, ou que nous apprécions les actions des autres selon la loi morale ; — et comme plusieurs autres idées, inséparables de celle-là et dérivées d'elle, toutes également essentielles et ayant rapport aux mœurs, se manifestent avec la même nécessité et se produisent avec la même force (telle l'idée du devoir et celle de la responsabilité) ; — comme néanmoins, à une époque où la recherche philosophique tente des voies si diverses, il importe que la discussion soit ramenée sur ce sujet ; — la Société désire que la question suivante soit examinée et traitée à fond :
a L'origine et le fondement de la morale doivent-ils être cherchés dans l'idée de la moralité qui est fournie directement par la conscience *, et dans l'analyse des autres notions fondamentales qui dérivent de cette idée, ou bien dans quelque autre principe de connaissance ? »
L'énoncé, pour être long, n'en était pas plus clair, et, en tout cas, la question comportait les réponses les plus diverses. La morale peut être fondée sur la théologie ; elle l'a longtemps été, et sa plus ancienne
1. Conscientia: Schopenliauer traduit: Bewusstsein (oder Gewissen). En eCfet, le mot latia, comme le mot français, s'ap< plique également à la conscience psychologique et à la conscience morale.
forme a été celle d'un commandement divin. Elle peut, à un point de vue plus philosophique, se fonder sur la psychologie, la volonté ayant des rapports étroits avec l'intelligence et avec la sensibilité, ou sur une idée métaphysique, comme celle du souverain bien, ou même sur les sciences de la nature, qui montrent la place de l'homme dans l'univers, les lois de son existence et, par suite, les conditions de son bonheur. Si, au contraire, la morale doit avoir son fondement en elle-même, elle ne peut le trouver que dans les manifestations immédiates de la conscience et dans le sentiment de l'obligation qui les accompagne : c'est le point de vue de Kant. De plus, la morale est à la fois théorique et pratique ; elle est à la fois science des mœurs et art de vivre, et ses distinctions pourraient être considérées comme vaines, si elles n'aboutissaient à une règle de conduite. Au sens pratique, on peut ramener la morale, comme Kant l'a fait, à un principe qui est comme le résumé de tous les devoirs : « Agis toujours de telle sorte que tu puisses désirer que la maxime qui te guide devienne loi universelle. » La Société Royale avait donc raison de dire que, sur l'objet en question comme sur les autres parties de la philosophie, les opinions étaient très divergentes.
Schopenhauer s'attache surtout à la critique de la morale kantienne, qui régnait alors dans les écoles. Il reproche d'abord à Kant d'avoir confondu le principe avec ce qu'il convient d'appeler plus spécialement le fondement de la morale. Le principe, dit-il, c'est l'expression sommaire des prescriptions de la morale, la formule de la vertu. Le fondement, c'est la source de la vertu, la raison de l'obligation morale. Arrivant ensuite à donner sa solution à lui, et inclinant la c[uestion dans le sens de sa doctrine, il assigne comme
fondement à la morale ce qu'il appelle « le ressort des actions morales * », c*est^à-dire l'impulsion intérieure qui les provoque, et qui part du caractère. Il dresse les actions humaines sur deux échelles comparatives, les unes, dont le ressort est l'égoïsme, ayant pour unique objet la conservation de l'individu, — actions qui ne sont pas nécessairement blâmables, mais qui sont dénuées de valeur morale, — les autres inspirées par l'esprit de charité, et identifiant l'individu avec l'espèce. (( La multiplicité et la diversité des individus sont un pur phénomène ; elles n'existent que dans ma représentation. Mon être véritable, intérieur, se retrouve dans tout ce qui vit, d'une manière aussi immédiate qu'il se manifeste à moi-même et à moi seul dans ma conscience. C'est cette conviction qui éclate dans la pitié ; celle-ci est, par conséquent, le principe de toute vertu désintéressée et vraie, et elle se traduit dans toute action réellement bonne. C'est à cette conviction, en fin de compte, que nous nous adressons, quand nous faisons appel à la douceur, à la charité, quand nous demandons grâce plutôt que justice : nous nous souvenons alors et nous rappelons aux autres que nous ne sommes tous qu'un seul et même être... Pour l'homme bon, les autres ne sont pas un non-moi ; au contraire, il dit d'eux : c'est encore moi. Voilà pourquoi son rapport primitif avec chacun est celui d'un ami ; il se sent intérieurement apparenté à tous les êtres ; il prend une part directe au bien et au mal qui leur arrivent, et, avec confiance, il attend d'eux la même sympathie. De là cette paix profonde qui règne en lui, cet air d'assurance, de tranquillité, de contentement, qui fait que chacun se trouve bien auprès de lui 2. »