‹ Schopenhauer, l'homme et le philosopheChapitre 97 sur 120 · Metaphysische Gfrundloge · texte numérisé non relu

Metaphysische Gfrundloge

274 SGHOPENHAUER

A cette peinture de l'identité primitive de tous les êtres, que la sympathie tend à faire entrer dans la pratique, Schopenhauer oppose celle de Végoïsme, qui creuse un fossé entre les individus. L'égoïsme est, de sa nature, sans frein et sans bornes. Si petit que soit son point de départ, il devient gigantesque et déborde l'univers. « 11 n*y a pas de plus grand contraste : d'une part, cette attention profonde, exclusive, avec laquelle chacun contemple son moi, et, de l'autre, l'air d'indifférence dont le reste des hommes considèrent ce même moi : le tout à charge de revanche. Le spectacle a même son côté comique, de voir cette foule innombrable d'individus, dont chacun regarde sa seule personne, au moins en pratique, comme existant réellement, et le reste, en somme, comme de purs fantômes... Chacun est, à ses yeux, le tout de tout. Tandis que, vu du dedans, son moi s'offre à lui avec des dimensions colossales, vu du dehors il se ratatine, se réduit presque à rien : c'est à peu près le billionième de l'humanité contemporaine *. »

Établir ainsi deux séries d'actions, les unes morales, les autres immorales ou simplement non morales, les opposer les unes aux autres et les expliquer par le ressort intime qui les provoque, tel est, pour Schopenhauer, l'unique objet de la science des mœurs ; et le fondement de la science, c'est précisément l'ensemble de ces ressorts ou de ces mobiles, qui tiennent au caractère de chaque individu. Sa philosophie tout entière, sa morale comme sa psychologie et sa métaphysique, est théorique. Le précepte, selon lui, est impuissant, aussi longtemps qu'il n'est pas accompagné d'une adhésion libre, et dès lors il devient inutile.

Page 1