‹ SchopenhauerChapitre 11 sur 30 · PA LT · texte numérisé non relu

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+ partout où elle est, elle est tout entière dans son indestructible unité; elle est, pourrait-on dire, toute en tous; elle se révèle aussi entière dans un chêne que dans un million de chênes; si un seul être venait, par impossible, à s’anéantir, avec lui disparaîtrait le monde entier, car le plus petit des êtres porte dans sa chétive existence la volonté et sa fortune. Ainsi le mystique Angelus Silésias disait avec raison : «Je sais que sans moi Dieu ne peut pas vivre un seul instant. Que je meure, et son esprit meurt avec moi. » S'il est vrai que la chose en soi ne s’éparpille pas dans l'infinité du monde, mais s'enferme elle-même dans son inaltérable unité, la sagesse consiste alors non à étendre la connaissance, mais à l'approfondir, non à mesurer et à compter les êtres qui peuplent le monde, mais à scruter et sonder à fond un seul être et à lui arracher son secret, c’est-àdire le secret de l'univers caché dans sa nature intime. Veut-on des preuves de cette unité parfaite de la volonté? Tout d’abord, il y a dans l'infailhbilité des lois naturelles quelque chose qui nous étonne et nous émeut. Pourquoi à telle cause succède toujours tel effet? Il y a, semble-t-il, entre une cause et son effet, le même rapport mystérieux qu'entre un signe cabalistique et l'apparition de l'esprit que ce signe à évoqué. C’est ici que nous mesurons la profondeur du kantisme qui fait du temps, de l'espace et de la causalité, non des propriétés de la chose en soi une et immuable, mais de pures formes de notre connaissance. Dès lors, notre étonnement, en face de ces milliers de phénomènes obéissant à une seule et même loi,ressemble à celui d'un enfant qui regarderait une fleur à travers un verre à mille facettes et en verrait un nombre infini de pareilles : notre connaissance est pour nous comme un

verre à facettes qui nous fait voir des milliers de forces là où il n'y en a qu'une; si toutes ces forces apparentes obéissent à une seule et même loi, c'est qu'elles ne sont que les manifestations infinies d'une volonté une qui reste partout identique à elle-même.

Cette unité de la volonté n’éclate-t-elle pas, d’ailleurs, dans la parenté évidente des êtres qui la manifestent? C'est aux Français, dit Schopenhauer, que revient l'honneur d’avoir montré l'unité de plan qui règne dans le monde des êtres organisés; cette uniformité de « l'élément anatomique » ne prouve-t-elle pas que tous ces êtres sont fils d'une même volonté ?

Enfin le même étonnement qui nous saisit en face de l'infaillibilité des causes efficientes, nous l'éprouvons encore devant la régularité des causes finales ; l'accord merveilleux de ces dernières s'explique très naturellement par l'unité de la volonté qui va toujours droit à ses fins.

Ainsi une volonté une meut intérieurement et accorde entre elles causes efficientes et causes finales, sans être elle-même d’ailleurs cause d'aucune façon, la chose en soi échappant par sa nature aux lois de l'espace, du temps et de la causalité. On voit la différence qu'il y a entre une cause et une force ; la force n'entre dans le temps et dans l’espace, ne devient visible que par sa manifestation, la cause qui est du monde des phénomènes; c'est la cause, que nous connaissons qui seule est un objet pour un sujet; mais ce n'est pas la cause qui est l’âme du phénomène, ce n'est pas elle qui le produit au vrai sens du mot; elle fournit simplement à la force latente l’occasion de révéler son existence par un effet ; toute cause, comme l'a vu avec profondenr Malebranche, est occasionnelle. Il y a même entre la volonté,

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