‹ SchopenhauerChapitre 13 sur 30 · CHAPITRE I · texte numérisé non relu

CHAPITRE I

Kant.

Schopenhauer aurait pu écrire au frontispice de son grand ouvrage : « Nul n'entre ici s'il n'a Ju la Critique de la raison pure et la Critique de la raison pratique. » Sans ces deux critiques, en effet, la philosophie de Schopenhauer n’existerait pas, Car on peut dire, d'une manière générale que le Monde comme représentation se trouve en germe dans la Crihique de lu raison pure, et le Monde comme volonté dans la Critique de la raison pratique. Schopenhauer s'était, bien jeune, adonné à l'étude de Kant; il l'avait lu et relu en même temps que Platon sur les conseils de son maître Schulze; aussi retrouve-t-on quelques-unes des pensées fondamentales du philosophe grec et du philosophe de Kænigsberg mêlées et fondues ensemble dans le livre du onde comme volonté et représentation, lequel est, à ce point de vue, un criticisme platonicien. fais plus que toute autre, la doctrine de Kant avait été pour lui ce qu'elle doit être, selon ses propres expressions, pour tout penseur qui le lit attentivement : « une renaissance Spirituelle. » Ne reconnaît-il pas lui-même tout ce qu'il doit à son maître en écrivant cette phrase significative : «la philosophie de Kant est la seule dont notre doctrine suppose la connaissance approfondie. » La gloire

la plus haute qu'ambitionne Schopenhauer, semblable en cela à Fichte, c'est d'être, de tous les héritiers de Kant, le seul qui ait bien compris sa pensée, le seul aussi qui l’ait heureusement complétée et corrigée, car il aspire à être un disciple intelligent et plus ami du véritable esprit kantien que Kant lui-même. Il a d’ailleurs fait preuve d'indépendance et de pénétration dans le remarquable Z'ssai sur Æant qui accompagne son grand ouvrage, et si, dans certains endroits de ses œuvres, il admire son maître plus qu’il ne le comprend, tandis que dans d’autres, il le critique tout en l'imitant, toutes choses qui ressortiront de notre étude, dans cet Essai il fait, sur les principaux résultats de la Critique de la raison pure, des remarques fines et justes, exprimées en un langage clair et facile qu'on aimerait rencontrer plus souvent chez les philosophes de son pays et en particulier chez Kant lui-même (1).

Schopenhauer prétend ignorer tout ce qui s’est dit en philosophie entre Kant et lui et se rattacher immédiatement à Kant : « la vraie et sérieuse philosophie en est encore au point où Kant l’a laissée. » Nous verrons plus loin s'ilest vrai que Fichte et Schelling n'aient pas existé pour Schopenhauer; ce qui est incontestable, c'est que le retour au kantisme, qui est un des traits dominants de la philosophie allemande contemporaine, estsurtoutl'œuvre de Schopenhauer. Sans doute, on peut expliquer ce réveil du criticisme, en premier lieu par les violentes attaques dirigées contre l'absolu de Hégel, lesquelles aboutissaient à une réhabilitation du relatif, c'est-à-dire de ce qui est, en un sens, le fond du criticisme; en second lieu, par le profond discrédit où était

4) Nous nous proposons d’examiuer dans un travail spécial c°t Essai de Schopenhauer,

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