S. W., III
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ples, Oken, semblera traduire fidèlement la pensée du maître en désignant par zéro (+ 0) l'élément premier de sa construction dialectique. Le point de départ de Schopenhauer est diamétralement opposé à celui de Schelling : Schopenhauer part de la réalité la plus haute, la plus complètement déterminée et la mieux connue : la volonté humaine saisie par le sentiment immédiat, et, dans sa construction de la nature, il suit la marche inverse de celle de Schelling : il étudie d’abord l'être le plus élevé et le plus riche d’attributs dans la création et explique par lui tous les êtres inférieurs à lui. La conscience, qui est le point d'où tout part dans l'explication schopenhaurienne de la nature, est le point où tout aboutit dans le système de Schelling. Mais, qu'on ne l'oublie pas, qu’elle parte de la conscience ou qu'elle y arrive, leur interprétation de la nature suppose dans leur système à tous deux un développement continu et un progrès insensible de chaque être à l'être voisin. On a vu quelle idée Schelling se faisait de cette marche ascendante de la nature qui va du moi inconsclient au moi conscient en gravissant, degré par degré, toute l'échelle des êtres qui peuplent la création. Schopenhauer parle de même en maint endroit et presque dans les mêmes termes, de « l'échelle des êtres » (die ganze Scala der Wesen) et du passage insensible de Jun à l’autre (der allmählige Uebergang). La création tout entière n'est pour lui que l’objectivation progressive de la volonté. Au plus bas degré de l'échelle, dans la nature organique, nous rencontrons la volonté sous la forme élémentaire d’une impulsion aveugle ou de « Causes primitives » que la physique et la chimie ont pour objet de ramener à certaines lois. De degré en degré la vo'onté s'objective et se manifeste de plus en
plus clairement, dans les plantes d'abord et dans la partie végétative des animaux où ce n’est plus la simple causalité (Ursache), mais l'attrait (Reiz) qui sert de lien entre les phénomènes. (‘) Montons encore un degré et nous arrivons à cette objectivation supérieure où nous voyons l'individu, non plus forcé par les attraits du monde extérieur à prendre la nourriture qui lui convient, mais choisissant celle-ci et pesant les motifs de ses déterminations. La cause, l'attrait et le motif, voilà les trois phases par lesquelles doit passer cette objectivation progressive de la volonté. La philosophie de Schopenhauer est, comme celle de Schelling, un panthéisme du progrès. Sans vouloir relever toutes les ressemblances de détails entre ces deux conceptions de la nature, qu'il nous soit permis d'en marquer les plus importantes et les plus curieuses. On se rappelle que pour Schelling ce progrès des êtres vers un état de plus en plus parfait et ce passage d'une espèce à l'autre était une évolution toute idéale, l'explication rationnelle plutôt que l’histoire réelle des êtres. Il en est absolument de même pour Schopenhauer à qui sa doctrine des idées ou types éternels des choses interdisait d'adopter l'évolution temporelle de Lamarck. Celui-ci, dit Schopenhauer, aurait dû, pour être conséquent, admettre à l'origine un être sans formes ni organes (Urthier); cet animal primaire existe, mais c’est un être métaphysique, c'est la volonté pour la vie. C'est cette volonté primordiale et métaphysique qui a, en dehors du temps, déterminé les formes spécifiques en s'inspirant des besoins de chaque espèce; car pour Schopenhauer comme pour Schelling, ce n’est pas l'organe
() La Volonté dans la Nuture, 76.