‹ SchopenhauerChapitre 25 sur 30 · VENTES · texte numérisé non relu

VENTES

fondre comme il fait, la volonté proprement dite, à qui seule 1l appartient de décider en dernier ressort, du désir et de la passion qui ne sont jamais que des tendances, des aspirations vers un but avoué ou non? et dès lors ne

devrait-on pas renverser la proposition de Schopenhauer et

dire que dans la plupart des cas c’est la volonté elle-même qui est jouée et tyrannisée par la passion? Mais acceptons la division de Schopenhauer et n’opposons à l’intelligence qu'une seule et même chose qui sera à la fois désir et volonté. Comme il nous paraît indéniable que le désir, même inavoué, implique une connaissance quelconque du but à atteindre et comme cette connaissance est le vrai point de départ de notre activité volontaire, c'est finalement la volonté qui serait aux ordres de l’intelligence; que sera-ce maintenant si nous nous élevons du désir vague et inavoué au désir nettement formulé dont nous avons pleinement conscience? Sans doute la volonté encore ici peut ressembler, pour parler lelangage de Schopenhauer, à un coursier fougueux et indocile, il n’en est pas moins vrai que l'intelligence tient les rênes et qu'elle peut mener le coursier où elle a dessein d'aller. Et qui donc plus que Schopenhauer reconnaît et proclame l'influence de l'intelligence sur la volonté, lui qui, malgré sa théorie parfaitement inintelligible d’ailleurs de la liberté intelligible, est pleinement déterministe, lui qui abandonne aux motifs, ces « concepts de l’entendement», là direction souveraine de la volonté : «les motifs seuls peuvent faire que je me jette par la fenêtre. »

Enfin si la théorie de Schopenhauer est vraie, si la volonté est, au sens où il l'entend, étrangère et supérieure à l'intelligence, comme la volonté est d’après lui la chose essentielle dans l’homme, il faudra dire que celui-là seul sera vraiment homme qui aura réussi à

s'affranchir complètement de l'intelligence et à vouloir sans raison; dès lors la chose en soi ne sera plus la volonté mais le caprice.

Une autre raison sur laquelle Schopenhauer insiste beaucoup pour établir le primat de la volonté c'est que, tandis que l'intelligence se lasse vite de penser et qu’elle décline rapidement dans la vieillesse, la volonté est infatigable parce que, étant notre essence même, elle s'exerce sans le moindre effort et se développe comme d'elle-même. En opposant ainsi aux défaillances fréquentes et à la décadence rapide de l'intelligence, l’éternelle jeunesse de la volonté, Schopenhauer est loin d’avoir opposé l’une à l’autre deux lois absolues. N'est-ce pas cn effet une banalité de dire que l'exercice n’est pas toujours nuisible à l'intelligence et que si des labeurs excessifs la fatiguent et l’altèrent, un travail raisonnable l’aiguise et peut même l’accroître? D'autre part, rien ne pèse tant à la majorité des hommes qu’un choix à faire, rien ne leur coûte tant qu’une décision à prendre; beaucoup sont enchantés de trouver quelqu'un qui veuille pour eux, Car pour beaucoup ce n’est pas la pensée, ce n'est pas même la méditation, c’est le vouloir qui est une fatigue. Que si nous considérons, non plus les décisions isolées, mais le vouloir continu, nous voyons que le monde reconnaît un grand mérite à ceux qui veulent longtemps, parce que pour vouloir ainsi, il faut être capable d'effort et de lutte et que de toutes les vertus, une des plus rares est la persévérance. Ajoutons que, pour assurer infailiblement le déclin de la volonté, il n’y a qu'à la confondre, comme fait Schopenhauer, avec la passion.

Si on réduit enfin la volonté à n'être que la vie même, 1 on la restreint au vouloir-vivre de Schopenhauer,

: bave En M Po Re

ARR PR LE TE JB El

Page 1