ND, NE LRU R RE
la première classe comprend les représentations qui sont à la fois intuitives, complètes, empiriques; ces représentations sont:
1° Intuitives, en opposition aux concepts abstraits ;
2° Complètes, parce qu'elles renferment non seulement la forme, mais la matière même des phénomènes;
3° Empiriques pour deux raisons : d’une part elles ont leur origine dans une excitation sensible de notre corps; d'autre part elles sont liées, dans le temps et l’espace, à la complexité infinie qui constitue notre réalité empirique.
Comment se fait la représentation intuitive du monde extérieur ? A l'aide d’un intermédiaire indispensable, le corps. Qui dit intuition, en effet, dit représentation immédiate; or le sujet ne connaît immédiatement que « le sens intérieur », nous dirions la conscience; il faut donc que le sens intérieur soit affecté directement pour qu'il y ait intuition et il ne peut l'être que par le corps, c’est-à-dire par « le sens extérieur ». C'est le corps qui, affecté par un objet quelconque, fournit à la conscience l'occasion de s'exercer et donne ses premiers
data au principe de causalité. C'est en ce sens que
Schopenhauer appelle le corps l’objet immédiat, c’està-dire l’objet qui, par ses impressions sur la conscience, est le plus près de nous-mêmes, qui transmet au sens intérieur toutes ses modifications comme autant d'effets dont il faut rechercher la cause. Quand donc Schopenhauer dit que être représenté signifie être immédiatement présent dans la conscience du sujet, son expression n'est pas absolument juste, puisque le corps vient toujours se placer entre la conscience et l'objet représenté. N'oublions pas d’ailleurs qu’objet et représentation ont le même sens pour Schopenhauer et que l'expression
Le
d'objets réels signifie simplement cette classe particulière des représentations intuitives que nous étudions en ce moment. La forme du principe de raison suffisante qui lie entre elles ces représentations intuitives c’est la loi de causalité ou loi du devenir: principium rationis suficientis fiendi. Voici quelle en est la formule: si un nouvel état apparaît dans un ou plusieurs objets, cet état est nécessairement précédé d’un autre et le second suit aussi souvent que se montre le premier; l'état nouveau qui surgit comme effet est un changement et la loi de causalité n’a affaire qu'à des changements. La cause n'est elle-même qu'un changement antérieur et ce changement en suppose un autre dont il est lui-même l'effet, si bien que la chaîne des causes ne peut avoir de commencement, le moindre fait supposant une succession infinie de causes. C’est abuser étrangement du principe de causalité que de s’en servir, comme on l’a fait trop souvent, pour établir la preuve cosmologique de l'existence de Dieu, cette preuve qui fait les « yeux doux » aux philosophes, mais à qui la critique de la raison pure a porté un coup mortel. Les Révérends anglais ont beau parler de la cause première (the first cause) avec emphase et en tournant les yeux d’une manière édifiante, cette cause première est aussi impensable que le serait un lieu où cesscrait l’espace, un moment où cesserait le temps. Cet état primitif qu'on imagine à l'origine des choses est-il appelé à devenir cause, alors 1l faut que quelque chose dans le temps le modifie pour qu'il sorte de son repos. La loi de causalité n'est pas à notre service Comme le serait un fiacre qu’on renvoie dès qu'on est arrivé; elle rappelle bien plutôt ce balai enchanté dont parle Gæthe et qui, une fois en mouvement, ne cesse de courir.