‹ SchopenhauerChapitre 102 sur 266 · Monde, I, § 1, p · texte numérisé non relu

Monde, I, § 1, p

LA REPRÉSENTATION

il y aurait contradiction à prétendre se donner comme objet de pensée une existence qu'on aurait au préalable dépouillée de toute représentation, et la contradiction serait aussi forte de supposer un sujet qui ne serait le sujet d'aucune représentation. En d'autres termes, pour employer une autre formule familière à Schopenhauer, il n'y a pas d'objet sans sujet, car l'objet, par définition, est ce qui est donné à l'aperception d'un sujet; et il n'y a pas davantage de sujet sans objet, de conscience qui ne serait la conscience de rien. Il y a là, au fond de l'acte mental le plus élémentaire, une dualité, à la fois irréductible et indissoluble, de deux termes qui se supposent logiquement ; et l'évidence de ce rapport est telle qu'il suffît de l'énoncer pour la démontrer; car l'esprit ne saurait aller au delà des conditions de son propre exercice.

Cependant, Schopenhauer a tenté d'apporter à l'appui de sa thèse initiale d'autres arguments moins directs. Dans les Parerga, notamment, il cherche à prouver l'idéalité de la représentation, en démontrant celle de l'espace et du temps, qui en sont la forme empirique; et il lui arrive d'invoquer des arguments de fait; celui, par exemple, qu'il tire de la loi de l'inertie, qui lui semble prouver que le temps n'exerce aucune action physique sur les événements, et qu'il n'est, par suite, rien de plus qu'un ordre subjectif de la représentation1; ou celui encore qu'il ne craint pas de tirer des phénomènes de vision à distance en faveur de l'idéalité de l'espace2. Mais, à vrai dire, ces démonstrations matérielles, apportées sur le tard, ne font rien de plus qu'éclairer une autre preuve a

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