Ibid.y §30, p
LA REPRÉSENTATION
tion1 ». Sous les formes les plus variées revient la même affirmation2. Aussi Schopenhauer ne tentera-t-il en aucune façon de réintégrer l'existence absolue dans le monde, et il reproche véhémentement à Kant d'avoir entrepris, au prix de l'unité de la Critique, la réfutation de l'idéalisme cartésien. On peut aller jusqu'à donner à l'idéalisme qu'il professe le nom d'illusionnisme ; car on voit se dessiner, dès les premières pages du Monde, la conclusion extrême vers laquelle l'ouvrage est orienté, à savoir que l'univers n'est, suivant la forte expression de Pindare, que « l'ombre d'un songe », créée de toutes pièces par l'entendement, un « mirage » sans consistance; « c'est Maïa, c'est le voile d'illusion qui entoure les yeux des mortels et leur fait voir un monde dont on ne peut dire ni s'il est, ni s'il n'est pas3 », et qui ne vaut pas la peine de vivre. Nous voici déjà au delà du criticisme, et il est visible qu'à l'influence de Kant s'est dès à présent intimement mêlée celle du romantisme et du pessimisme indien.
Il importe cependant d'éviter une méprise sur la nature de ce subjectivisme. Par sujet, Schopenhauer n'entend pas une conscience absolue, un esprit pur qui engendrerait la représentation, comme le cerveau produit le rêve ou l'hallucination; le propre de ce subjectivisme, c'est que le sujet n'y a pas lui-même plus de réalité que l'objet. « Nous ne sommes l'un et l'autre que des abstractions », dit le Sujet à la Matière4. Ce sont deux termes corrélatifs, comme la matière et la forme aristotéliciennes, dont aucun n'est,
t. W., II, p. 26.