‹ SchopenhauerChapitre 112 sur 266 · Jbicl., p · texte numérisé non relu

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raison leur fondement logique, mais la raison ne pénètre l'expérience qu'à travers les principes.

Autre question. Quelle idée directrice a présidé à la classification des principes spécifiques? Y a-t-il lieu de chercher ici entre ces derniers un lien déductif? A vrai dire, Schopenhauer a bien aperçu l'ordre «systématique » qui, procédant du général au particulier, irait de l'intuition pure au sujet, en passant par l'intuition sensible et les concepts1. Mais à cet ordre, par simple raison de clarté, il a préféré V « ordre didactique » et procédé du plus connu au moins connu. Nous retrouvons ici un trait déjà signalé de la physionomie intellectuelle de Schopenhauer. Ce philosophe n'est pas un dialecticien, mais un intuitif. 11 ne tente pas, comme Hegel ou Fichte, de passer par une synthèse progressive d'un principe général à ses con séquences particulières. Au fond, c'est l'analyse de l'intuition sensible qui lui révèle les espèces irréductibles de relations qu'enveloppe l'expérience, et la classification qu'il adopte ne procède pas d'une hypothèse théorique, mais d'un simple souci de commodité pratique.

a. — V intuition sensible; la causalité.

Or la première classe d'objets que distingue la réflexion , dans l'analyse de la représentation, consiste dans les impressions des sens. Les représentations de cet ordre sont intuitives, en ce sens qu'elles sont données immédiatement, avant toute intervention de la pensée abstraite. Leur condition a -priori, leur forme transcendantale con-

l. Rais. suffis.tl 46, p. 167-168.

LA REPRÉSENTATION

siste dans le temps, forme du sens intime et dans l'espace, forme du sens externe.

Ces deux conditions s'impliquent réciproquement. Si, en effet, le temps était la forme unique des représentations, il n'y aurait aucune simultanéité, et, par suite, ni permanence ni durée. Car le temps n'est perceptible qu'autant qu'il est rempli, et sa continuité n'apparaît que par rapport aux variations réciproques des événements simultanés qu'il contient. La perception dans le temps suppose donc la perception dans l'espace. Réciproquement, si l'espace était la forme unique des représentations, il n'y aurait pas de changement possible, car le changement suppose la succession. Par conséquent, bien que les formes d'espace et de temps soient radicalement distinctes et irréductibles l'une à l'autre, la représentation apparaît toujours sous ces deux formes intimement unies1. Au contenu commun de ces formes, Schopenhauer donne le nom de matière. Celle-ci est donc, dans ce système, pure représentation, et les changements de la matière ne sont rien de plus que les variations des phénomènes dans l'espace et le temps : ils constituent le devenir.

Le devenir est, d'ailleurs, soumis à une loi unique, qui est la causalité. Les phénomènes, en elFet, sont liés de telle sorte que les conséquents résultent des antécédents. Plus exactement encore, la cause n'est pas l'antécédent, mais la totalité des conditions antécédentes. C'est ainsi que l'inflammation d'un corps est produite par la réflexion du soleil sur le miroir ardent, celle-ci par la disparition du nuage qui voilait le soleil, celle-ci encore par le vent, et

t. Rais, suffis., % 18, p. 41-43.

ainsi de suite à l'infini, car le temps, n'étant qu'une loi purement formelle de succession, ne saurait commencer à un moment zéro. Or, de cette simple considération, résulte une conclusion grosse de conséquences : c'est qu'une cause première est un concept contradictoire et que tout argument d'ordre cosmologique en faveur de l'existence de Dieu, toute métaphysique spéculant sur l'absolu comme cause, repose sur un sophisme. De même la notion, si usuelle chez les philosophes, de causes réciproques, est vide de sens, car il ne saurait y avoir réversibilité du temps sur lui-même1.

Ainsi, à travers les formes de l'espace et du temps, nous découvrons la véritable « racine » du principe de raison suffisante dans l'ordre nécessaire et constant des intuitions sensibles. Celte racine est le principe de causalité, et c'est là, à vrai dire, la loi unique de l'entendement dans sa relation avec le sensible.

Il est aisé, dès lors, de mesurer l'écart profond qui sépare de la théorie kantienne de l'expérience celle de Schopenhauer. A vrai dire, la différence estdouble. Non seulement Schopenhauer refuse de réserver à l'entendement et assigne à la sensibilité l'une des plus importantes catégories kantiennes ; mais, à cette catégorie, il sacrifie toutes les autres ; celles-ci lui apparaissent comme autant de « fausses fenêtres », comme un inutile redoublement de la catégorie de causalité, « forme réelle mais unique de l'entendement 2 ».

1. Dans la 2e et la 3e éd. de la Rais, suffis., Schopenhauer prend texte de ces corollaires pour se lancer à corps perdu dans une critique injurieuse des métaphysiciens de l'absolu, notamment de Hegel (§ 20, p. 50 et suiv.). 11 nous semble sans intérêt d'insister sur ces polémiques ajoutées après coup a la dissertation et qui en ralentissent l'allure.

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