‹ SchopenhauerChapitre 114 sur 266 · Ibid.t g 28, p · texte numérisé non relu

Ibid.t g 28, p

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Or le jugement, comme l'intuition sensible, est soumis à la loi de raison suffisante. Sa fonction essentielle est, en effet, d'exprimer une vérité, et toute vérité doit évidemment s'appuyer sur quelque raison différente d'elle et qui la fonde. Quelle est donc la raison suffisante du jugement, ou, si Ion veut, de la connaissance? Il importe, pour la déterminer, de distinguer quatre sortes de vérités.

Tout d'abord, un jugement peut avoir pour fondement, pour raison, un autre jugement. C'est le cas du jugement obtenu par simple conversion d'un autre jugement, ou celui encore de la conclusion d'un syllogisme par rapport aux prémisses. En ce cas, la valeur du second jugement ne dépend nullement du contenu matériel du ou des jugements antécédents; aussi pareille vérité est-elle dite logique, ou formelle.

D'autre part, la vérité d'un jugement peut consister en l'accord de ce jugement avec l'expérience; elle porte alors le nom de vérité empirique.

En troisième lieu, certains jugements peuvent se fonder directement sur les formes a priori de la connaissance intuitive. Des jugements tels que : Deux lignes droites n'enferment pas un espace, — rien n'arrive sans cause, — 3x7= 21, — la matière ne peut être ni créée ni détruite, etc., ne s'appuient sur aucun jugement antécédent ni sur aucune expérience. Ils traduisent simplement des exigences immédiates de l'entendement, en tant qu'il est pourvu des formes a priori qui conditionnent toute expérience : temps, espace et causalité. Ils n'expriment donc, d'après ce qui précède, ni une vérité logique, ni une vérité empirique; cependant ils ne sont pas vides de matière, car ils déterminent a priori l'expérience. Ce sont, Kant l'avait bien

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compris, des jugements synthétiques a priori, et la vérité qu'ils expriment est transcendantale . Tout l'ensemble des mathématiques pures est un système de vérités de ce

genre.

Enfin Schopenhauer distingue, sous le nom de vérités métalogiques, un petit nombre de principes, — quatre exactement, — qui expriment les conditions les plus générales de la pensée elle-même. Gomme telles, les vérités métalogiques ne se ramènent pas, comme les vérités logiques, à un jugement déjà donné ; elles sont, au contraire, le principe de tout jugement, et c'est sur elles que se fondent les vérités logiques. Ces quatre principes sont celui d'identité, celui de contradiction, celui du tiers exclu, enfin le principe de toute vérité en général : la vérité est le rapport d'un jugement à quelque chose en dehors de lui qui en est raison suffisante. Ce dernier n'est autre que le principe de raison suffisante lui-même4.

Tel est le tableau des quatre ordres de « vérités ». Il faut avouer qu'il n'est ni clair ni bien systématique. Pourquoi distinguer des vérités logiques pour les ramener ensuite expressément aux vérités métalogiques2, et des vérités empiriques, puisque l'expérience se fonde, en définitive, sur une perception transcendantale? Quelle est au juste la distinction des vérités transcendantales et des vérités logiques, entre lesquelles l'auteur se contente de noter quïl existe « une grande ressemblance et de grands

1. Ibid., I 30-33, p. 122-126. Dans les Svppléments(\X.,U, ch. ix, p. 121), Schopenhauer propose de réduire à deux les quatre lois mélalogiques : le principe du tiers exclu, qui résume à la fois ceux d'identité et de contradiction, et le principe de raison suffisante. Le premier serait le principe du concevable, le second celui du vrai. Il est probable que, sur ce point, Schopenhauer s'est souvenu de Leibnitz.

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rapports1 » ? Et quelle lumière jette toute cette classification sur la racine du principe de raison suffisante, alors que ce dernier n'est lui-même que l'une des vérités métalogiques? Autant de points sur lesquels Schopenhauer ne s'est pas expliqué et que la critique n'a pas encore éclaircis.

c. — Les Intuitions pures : l'espace et le temps.

Nous avons vu plus haut que l'intuition sensible , envisagée dans sa réalité empirique, constitue une première classe de représentations. Si l'on extrait de ces représentations leur matière empirique, c'est-à-dire la sensation, il reste la forme des perceptions du sens externe et du sens intime, c'est-à-dire l'espace et le temps eux-mêmes, qui sont ainsi la condition formelle, non seulement du devenir, mais de Y être même. Or, en se dépouillant des sensations qui les remplissent, l'espace et le temps ne cessent pas d'être des représentations, des intuitions. Par exemple, la ligne, le point, l'extension et la divisibilité infinies ne sont objets ni de perception ni de concept, mais d'aperception a priori, d'intuition pure. Au contraire, la causalité n'est pas objet d'intuition pure ; elle n'a de sens que relativement à la succession des phénomènes concrets dans le temps; en dehors de l'expérience de la matière, elle n'est plus rien pour l'entendement.

Quel est donc, dans l'intuition pure, le principe de raison suffisante de l'être? C'est, d'après Schopenhauer, cette loi que les parties de l'espace et du temps se déter-

minent « réciproquement ». Ce rapport, dans l'espace, s'appelle position; dans le temps, succession. Dans l'espace, la détermination est non seulement réciproque, mais indifférente, en ce sens que, de deux lignes situées dans un espace, chacune peut être également choisie comme base pour déterminer la position de l'autre. C'est que l'espace est simultanéité pure. Dans le temps, au contraire, chaque instant a pour condition l'instant qui l'a précédé et la détermination est toujours orientée dans le sens de la succession.

Les déterminations pures de l'espace et du temps ne peuvent être ni extraites de l'expérience, ni construites par concepts; des relations telles que le droit et le gauche, l'avant et l'arrière, le haut et le bas, l'avant et l'après, ne peuvent être ni expérimentées ni déduites : une intuition immédiate peut seule les fournir1.

Schopenhauer pousse très loin les conséquences de ce caractère intuitif des relations spatiales. Dans l'un des chapitres les plus intéressants de sa thèse2, il montre avec beaucoup d'ingéniosité que, non seulement les axiomes les plus simples, mais « les théorèmes les plus compliqués » de la géométrie pourraient être démontrés si l'on se bornait à mettre la relation cherchée en évidence dans l'intuition; et il donne de lumineux exemples de ce genre de démonstration. Il entrevoit ainsi, — devançant de près d'un siècle les théories toutes récentes de M. Mérey, — la constitution d'une méthode géométrique nouvelle, qui substituerait à la certitude logique, péniblement acquise, l'évidence immédiate de l'intuition.

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