Monde, Supplém., 1. W., II, p
images d'un seul et même livre. La lecture continue de ce livre est la vie réelle. Mais, quand la lecture quotidienne est finie et qu'est venue l'heure du repos, nous continuons à feuilleter l'ouvrage et remuons, sans ordre ni liaison, tantôt une feuille, tantôt une autre; tantôt c'est une feuille déjà lue, tantôt une autre inconnue; mais le livre est toujours le même 1 ». Et c'est parce que les divers chapitres racontent une même histoire, que le philosophe incline à reconnaître aux songes une valeur prophétique. N'est-ce pas un rêve, en 1831, qui l'avait chassé de Berlin?
En assimilant la perception au rêve, il semble que Schopenhauer ait poussé l'idéalisme jusqu'aux confins de l'illusionnisme et qu'il n'y ait plus lieu pour lui de rechercher la nature d'un monde dont « tout l'être est d'être perçu ». Aussi peut-il sembler étrange, à première vue, de trouver dans cette philosophie anti matérialiste une théorie approfondie de la matière. N'oublions pas, d'ailleurs, que Schopenhauer a sacrifié à la causalité toutes les catégories, y compris celle de substance, et qu'il s'interdit ainsi le droit de rattacher, comme Kant, à la catégorie de substance le principe de la permanence de la matière. Peut-on espérer, du moins, que la catégorie unique de la causalité sera assez riche pour suppléer, en ce point, aux fonctions de la substance? C'est précisément ce que Schopenhauer n'a pas hésité à admettre. La matière, chez lui, n'est plus substance, mais causalité pure. Et voici l'essentiel de sa démonstration : si l'on dépouille les objets de la perception, à savoir les corps, de leurs qualités spécifiques et de leur forme étendue et temporelle,