Monde, I, g 5, p
LA REPRÉSENTATION
il reste la matière, c'est-à-dire ce qui est égal et identique entre tous ces objets. Or ces formes et ces qualités dont nous les dépouillons ne sont rien autre que le mode d'action particulier à chacun d'eux, par lequel ils diffèrent les uns des autres. Le résidu de cette analyse, la matière, est donc la « simple activité en général, l'action pure comme telle, la causalité elle-même pensée comme objet... La matière est en tout point causalité pure : son essence est Faction en général1 ».
De ce théorème résultent immédiatement deux importants corollaires.
C'est d'abord que la matière n'existe que par l'entendement qui la pense; elle est la fonction même de l'entendement, la causalité « projetée au dehors » et pensée comme objet; ce qui explique qu'elle n'est l'objet d'aucune expérience, d'aucune intuition, mais uniquement objet de pensée; elle «est ce que la pensée ajoute comme fondement à toute réalité2 ».
La seconde conséquence, c'est qu'il est possible de déterminer a 'priori les lois générales de la matière. Kant, en partant de la catégorie de substance, avait tenté déjà cette détermination dans les Principes métaphysiques de la Nature. Schopenhauer avait lu de fort près cet essai et a repris la tentative du point de vue de la causalilé. Deux lois, avant toutes les autres, lui paraissent résulter de la loi de causalité.
C'est d'abord celle de Yinertie : tout état d'un corps doit persévérer sans modification, s'il ne survient une cause
1. Rais, suffis., § 21, p. 99. Cf. Monde, I, § 4, p. 39 sq. ; II, ch. iv, p. 59 sq.