‹ SchopenhauerChapitre 120 sur 266 · Ibid · texte numérisé non relu

Ibid

SGHOPENHAUER .

qui le modifie. Et c'est ensuite la loi de la permanence de la substance : la matière ne peut être augmentée ni diminuée, car les variations qu'elle peut subir dans le temps et l'espace ne concernent que ses états, et non pas son être même. La matière ne peut donc ni naître ni périr, et la quantité qui en existe dans le monde est constante1.

Dans les Suppléments du Monde, il est allé plus loin et a dressé une table de vingt-huit « prédicats a priori » de la matière, qui correspondent point par point aux prédicats a priori de l'espace et du temps2. Nous ne reproduirons ni n'expliquerons cette table. Mais son existence même prouve que la physique, une physique conçue a priori dans ses lois les plus générales, s'accommoderait fort bien de l'illusionnisme de Schopenhauer. Le monde n'est qu'un rêve, mais un rêve cohérent, dont les lois de l'entendement nous permettent de dessiner, avant toute expérience et avec un certain détail, le cadre et le plan.

Qu'on se garde, d'ailleurs, de soupçonner dans cette théorie un retour inconscient à l'idéalisme de Fichte. Schopenhauer a prévu cette interprétation et la rejette avec la dernière énergie. En disant que la matière est pensée pure, il affirme simplement que l'entendement, considéré dans la généralité de sa fonction, pense nécessairement un objet général, mais n'existe point antérieurement à cet objet qui est sa propre fonction. « La matière n'est, que le corrélatif objectif de l'entendement pur », et l'entendement lui-même n'est rien de plus que la connaissance de «et objet, de la causalité 3.

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