‹ SchopenhauerChapitre 12 sur 266 · Ibid., p · texte numérisé non relu

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3. Il lui dédia la seconde édition du Monde. Cette dédicace, dont on a conservé deux brouillons fortement retouchés, est fort belle.

d'autant plus sévère que son père n'était plus là pour l'en délier. A dix-huit ans, il reste donc seul à Hambourg, s 'évertuant à prendre goût aux affaires. Vain effort! La liberté dont il jouit lui donne trop d'occasions de se dégoûter du métier. D'ailleurs l'Allemagne est alors en pleine fermentation littéraire ; l'apprenti marchand suit de près ce grand mouvement et fait ses délices de Gœthe et des romantiques. D'autre part, la grande ville cosmopolite, aux mœurs faciles, lui offre des tentations auxquelles il semble bien qu'il se soit laissé emporter avec toute la fougue de l'âge. Il se sent désemparé et s'ennuie. Les lettres qu'il écrit à sa mère sont perdues; mais, à lire les réponses de celle-ci, on peut deviner l'amertume des plaintes d'Arthur1. Johanna s'en émut enfin et, sur les conseils d'un familier de Gœthe, Fernow, autorisa son fils à abandonner le comptoir et à entreprendre tardivement les études classiques. Mais elle ne se souciait pas d'installer auprès d'elle, après un an de séparation, ce grand garçon ombrageux, toujours prêt à la critique. Elle avait fort bien réussi à Weimar; Gœthe fréquentait volontiers chez elle et avait mis son salon à la mode. Wieland et Fernow s'y rencontraient avec tout ce que Weimar comptait alors d'hommes éminents et de femmes distinguées. L'arrivée d'un fils de dix-neuf ans n'allait-elle pas vieillir l'élégante veuve et troubler la bonne entente autour de la « table à thé » ? Un jour de sévérité, Johanna n'avait-elle pas écrit à Arthur : « Toutes tes bonnes qualités sont gâtées et obscurcies par ta supersagesse, par la fureur qui te possède de vouloir tout savoir mieux que personne,... de prétendre tout corriger 1. Voir notamment la lettre du 28 avril 1807, Schem., p. 60-66.

et gouverner. Tu aigris les gens autour de toi1 ». Elle mit donc cette condition au changement de carrière d'Arthur qu'il ne viendrait pas habiter Weimar, et elle l'installa à quelques lieues de là, au gymnase de Gotha.

Il n'y resta que six mois. Quelques vers satiriques, où il exerçait sa verve à l'égard d'un professeur, indisposèrent contre lui le directeur, Dôring, qui l'invita à chercher fortune ailleurs. Johanna accueillit fort mal le retour de l'imprudent. « Je ne puis, lui écrivait-elle, m'accorder avec toi sur rien de ce qui concerne la vie extérieure2 ». Elle consentit cependant à le garder à Weimar; mais elle le lo«;ea hors de sa maison, chez le professeur Passow, lui signifiant de ne point trop souvent paraître chez elle. Elle n'eut point à regretter sa décision. Arthur entra au gymnase de Weimar et se mit avec une telle ardeur à l'étude des langues classiques, qu'en moins de deux ans il avait regagné le temps perdu et se trouvait en mesure de passer du gymnase à l'Université.

Il avait donc vingt et un ans quand il se fît immatriculer, le 9 octobre 1809, à la Faculté de médecine de / l'Université de Gœttingue. Majeur, maître de sa part d'héritage, il pouvait dès lors se livrer sans contrainte à sa passion de l'étude. A cette date s'ouvre l'époque la plus féconde de sa vie, courte période de dix années, durant laquelle s'achèvera la soudaine formation de son esprit et sera écrite la meilleure part de son œuvre. Il nous faut suivre de près les circonstances, les lectures, les influences qui suscitèrent, sur ce sol longtemps inculte, la magnifique floraison du génie.

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