‹ SchopenhauerChapitre 122 sur 266 · P. ex. Monde, I, \ 6, p. 56; II, ch. iv, p. 55, etc · texte numérisé non relu

P. ex. Monde, I, \ 6, p. 56; II, ch. iv, p. 55, etc

guait des objets du devenir sensible, connus dans l'espace et dans le temps, les déterminations de la vie volontaire, que le sujet aperçoit dans le temps seulement et d'un point de vue tout interne. Pareille distinction établit dans la vie consciente plusieurs modes de représentation ; elle ne confère aucune réalité transcendante au principe des représentations sensibles, à la causalité ni, par suite, à la matière.

§ 4. — Intuition, entendement, raison.

Le monde matériel, avec ses lois, est donc bien la simple représentation du sujet. Mais qu'est-ce à son tour que le sujet?

On se rappelle avec quel soin Kant avait séparé les trois facultés que Leibnitz avait tenté de rapprocher, intuition, entendement, raison. La sensibilité apportait à l'entendement des données brutes, auxquelles celuici imposait son ordre propre, et la raison, à son tour, orientait le savoir vers sa limite idéale. Schopenhauer bouscule sans ménagement cette hiérarchie et confond sensibilité et entendement en un même pouvoir d'intuition. Il esquive ainsi l'une des plus graves difficultés du kantisme, qui est de savoir en quoi les formes de l'espace et du temps, qui déjà organisent les données brutes des sens, diffèrent essentiellement des catégories. Toute intuition, dit-il, est intellectuelle. Voici en quel sens il faut l'entendre. La sensation n'est qu'un « sentiment local, spécifique... purement subjectif », c'est-à-dire qu'elle est une affection d une région limitée de l'organisme, qui ne peut rien nous apprendre ni sur le reste de

LA REPRÉSENTATION

l'organisme, ni sur l'objet qui l'a provoquée. La seule forme commune qui lui soit propre est celle du sens intime, ou du temps. Le rôle de l'entendement sera tout justement de « transformer la sensation subjective en intuition objective », d'ajouter au sentiment intérieur celui d'une extériorité. Ce qui rend possible ce rôle, c'est d'abord que l'entendement a pour organe le cerveau, organe centralisateur, grâce auquel les sensations isolées se rejoignent dans la conscience; c'est ensuite la forme spéciale de l'entendement, la loi de causalité, grâce à laquelle toute sensation est a 'priori conçue comme un effet; et c'est enfin la forme du sens externe, l'espace, qui permet à l'entendement de projeter la cause de cet effet à l'extérieur de la région affectée. Ainsi « c'est l'entendement lui-même qui a pour fonction de créer le monde des objets... et, par suite, notre intuition empirique quotidienne est intellectuelle 1 ».

Schopenhauer précise sa théorie en étudiant les sensations du tact et surtout de la vue, les seules qui fournissent à l'entendement les données avec lesquelles il construit le monde extérieur. Quelques années plus tard, il devait reprendre le même thème dans sa Théorie des couleurs. Il fait preuve, dans cette argumentation, d'une grande finesse d'analyse et d'une parfaite connaissance des observations recueillies de son temps. Par exemple, c'est l'entendement qui opère le redressement de l'image rétinienne et qui fond en une seule les deux images perçues par les deux yeux; c'est lui qui nous fait voira l'endroit un paysage que nous devrions voir à l'envers, quand nous le regardons

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