Rais, suffis., § 21, p
LA REPRÉSENTATION
donc que la « raison » pour Schopenhauer ? Uniquement « la faculté de penser et de délibérer à l'aide de la réflexion et des concepts1 ». Discursive, condamnée à l'usage des mots et des symboles, elle s'oppose radicalement aux intuitions immédiates de l'entendement, comme le logique s'oppose au sensible. Or cette distinction joue dans la philosophie de Schopenhauer, et plus encore dans sa critique des systèmes adverses, un rôle considérable. L'erreur commune des « professeurs de philosophie » et, plus généralement, des métaphysiques spéculatives n'at-elle pas été d'ériger la raison en un pouvoir de connaître original et indépendant, ayant ses « idées » propres, antérieures à toute expérience, promulguant des « vérités premières », des principes a priori'! Kant lui-même n'a-t-il pas maintenu les « idées de la raison » et défini l'impératif catégorique comme une loi absolue, énoncée par la raison pratique ? D'où vient alors, objecte notre philosophe, que les soi-disant affirmations premières de la raison soient tout justement celles sur lesquelles les esprits arrivent le moins à s'entendre? N'est-ce pas une preuve que la raison, loin d'avoir un contenu propre, est une faculté vide, simple pouvoir d'élaboration, qui embrasse d'autant moins le réel qu'il s'élève, d'abstraction en abstraction, aux idées les plus générales et aux affirmations de pure logique ? Il n'y a donc rien à tirer d'entités telles que le moi absolu de Fichte, l'identité absolue de Schelling, l'idée absolue de Hegel, rien non plus des idées de Dieu, d'âme immortelle, ou de monde en soi, rien, sinon « un verbiage ampoulé, creux et confus » ; car, encore une fois, on ne saurait tirer