‹ SchopenhauerChapitre 125 sur 266 · Rais, suffis., § 34, p · texte numérisé non relu

Rais, suffis., § 34, p

aucune connaissance réelle de l'exercice à vide d'une faculté, dont la fonction propre est d'élaborer le contenu réel fourni par la seule intuition. A ce contenu, la raison applique ses règles propres, qui sont les lois de la logique : elle n'y ajoute rien. « Elle ne possède que des formes ; elle est femme : elle se contente de concevoir, et ne procrée point1. »

Telle est la distinction logique de l'entendement intuitif et de la raison. On le voit, elle n'aboutit à rien moins qu'à dépouiller celle-ci du pouvoir de législation souveraine que toutes les philosophies rationalistes, depuis Platon, lui avaient reconnu dans le domaine du savoir. Ce n'est pas là la moindre originalité de Schopenhauer et c'est à bon droit, sans doute, que, dès le début de cet ouvrage, nous rattachions sa doctrine à la grande lignée irrationàliste qui, à travers l'histoire des idées, côtoie la tradition rationaliste. De cette lignée, les derniers représentants avaient été les poètes romantiques. Novalis, Tieck avaient dénoncé la réflexion comme une fonction toute négative, qui dissout le réel et le détruit; ils avaient célébré les lumineuses divinations du génie intuitif, et ce thème facile était devenu, dans les cénacles, l'objet de copieuses amplifications. À cet égard, il faut saluer en Schopenhauer le dernier des romantiques. Car il a, lui aussi, avec une inlassable complaisance, vanté la supériorité de l'intuition sur la raison, en poète, en essayiste, plus encore qu'en philosophe. Il semble même que ce leitmotiv lui tienne de plus en plus à cœur; à peine indiqué dans la thèse de 1813, nettement dessiné dans le Monde 2, il devient l'objet de longues et

1. Rais, suffis., p. 128-140. Cf. Monde, S 10, W., II, p. 91.

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