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LA REPRÉSENTATION
brillantes variations dans les Suppléments^ et occupe mainte page des Parerga*. Pareils développements ne se résument pas ; il faut les lire et admirer la virtuosité avec laquelle l'artiste a su varier l'expression d'une même idée. A tout instant, le pittoresque d'une image, esquissée d'un trait rapide, rehausse la monotonie du thème : Les intuitions sont le numéraire; les concepts sont les billets. Les concepts n'ont, comme la lune, qu'une clarté d'emprunt. L'intuition est un tableau vivant et nuancé ; les concepts sont les pièces d'une mosaïque aux contours rigides, aux tons heurtés. Ou bien ce sont les effets de l'emploi des concepts et de l'intuition que l'auteur décrit avec une rare pénétration de psychologue. C'est ainsi que Schopenhauer aime à citer et à commenter le mot piquant de Vauvenargues : « Personne n'est sujet à plus de fautes que ceux qui n'agissent que par réflexion ». C'est que les concepts n'énoncent que des maximes générales et que, dans l'application, l'esprit habitué à se guider sur des règles abstraites se laisse surprendre par l'imprévu des circonstances. Un balourd aura beau posséder à fond les trois cents règles de la civilité, la peur de commettre une incorrection le fera choir en une autre. Au contraire, l'homme d'intuition vive aperçoit spontanément la règle dans le cas, la solution dans l'énoncé du problème. Pour les mêmes raisons, le penseur original l'emporte sur l'érudit, et Schopenhauer n'a pas assez de sarcasmes pour le savoir livresque qui joue, à côté du réel, (( le rôle d'un herbier à côté du monde sans cesse renouvelé, éternellement frais, jeune, et mobile des plantes3 ».