‹ SchopenhauerChapitre 127 sur 266 · Parerga, II, ch. xxi, § 248, W., V, p · texte numérisé non relu

Parerga, II, ch. xxi, § 248, W., V, p

SCHOPENH AUER .

Aussi bien verrons-nous plus loin, à propos des idées, que l'intuition ne se borne pas à saisir les choses dans leur réalité vivante, et qu'elle s'élève à l'aperception de réalités plus essentielles ; nous verrons grandir encore la supériorité de l'entendement intuitif sur la raison discursive, de l'art sur la science, du génie sur l'esprit d'analyse. En morale même, nous verrons mettre au-dessus des vertus raisonnables l'héroïsme spontané, la vertu d'instinct. Nous verrons s'accentuer ainsi l'irrationalisme d'une philosophie qui, nous l'avons dit, puise le meilleur de ses inspirations, non dans les systèmes, mais dans l'expérimentation directe de la vie.

11 n'est, par suite, pas surprenant que l'on trouve dans les pages consacrées à l'intuition une sorte d'insistance passionnée et, disons-le, un accent personnel. Dans la comparaison de l'entendement intuitif et de la raison réfléchie, il y a bien une théorie ; mais il y a surtout l'apologie d'une méthode vécue. Schopenhauer s'est fait gloire d'avoir introduit, ou réintroduit, en philosophie un procédé de recherche trop négligé, aussi bien par l'empirisme sensualiste que par le dogmatisme métaphysique1. S'il a si rudement malmené Jes érudits, les architectes de concepts et les abstracteurs de quintessence, c'est qu'il a eu personnellement l'impression très forte que les palais d'idées étaient des nécropoles ; c'est qu'il a voulu traduire, par son système, l'image fidèle d'un monde où nul n'a senti plus que lui le pullulement formidable de la vie.

i. Monde, Supplém., ch. vu, p. 103.

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