‹ SchopenhauerChapitre 130 sur 266 · Cf. p. ex. Monde, II, ch. xvii; W., p · texte numérisé non relu

Cf. p. ex. Monde, II, ch. xvii; W., p

recherche de l'absolu? Aussi bien Scbopenhauer ne s'embarrasse-t-il guère de ces arguments dialectiques. Ce n'est pas la raison, faculté dépure abstraction, qui lui montrera la voie de l'idéal au réel ; c'est la vie même qui lui paraîts'insurger contre l'illusionnisme radical. Le monde est notre représentation, soit; c'est là le point de vue de l'entendement. Mais « nous voulons savoir la signification de cette représentation ; nous demandons si ce monde n'est rien de plus que représentation, auquel cas il devrait passer devant nos yeux comme un songe sans consistance, comme un fantôme vaporeux, indigne de notre attention1 ». Or, que nous le voulions ou non, en dépit des analyses de la critique, notre attention est captive; que le monde nous enchante, nous scandalise ou nous torture, de toute façon il est pratiquement pour nous autre chose que le voile de Maïa; et, plus encore que le monde extérieur, notre être propre, notre « caractère », les inexplicables démarches de notre volonté, sont pour nous l'objet d'une surprise sans fin. N'est-ce pas l'indice que le point de vue de l'entendement n'est pas le seul dont nous disposions? n'est-ce pas que nous avons de la chose en soi une expérience vécue, dont le philosophe, soucieux d'expliquer la totalité du réel, ne peut manquer de tenir compte?

Et qu'on ne dise pas que cette affirmation pratique, — on est tenté de dire « pragmatiste », — de l'absolu revient à reprendre, en philosophie, les affirmations implicites du savant, de l'homme juste et du croyant! A vrai dire, Schopenhauer ne s'alarmerait pas du rapprochement; car si, à ses yeux, tout homme est métaphysicien, la métaphy-

l. Monde, I, § 17; W., I, p. 149.

LA VOLONTÉ

sique, à son tour, est le prolongement et l'interprétation de l'expérience morale et religieuse de l'humanité. Cependant il y a, dans l'argument de Schopenhauer, mieux qu'une exploitation des affirmaiions spontanées de la conscience; on y trouve l'indication précise de la voie nouvelle qui conduit à l'absolu. En affirmant la nécessité de la métaphysique, il nous en montre, du même coup, comme on va s'en rendre compte, la possibilité et la méthode.

Sur ce point, sa thèse est très nette. La métaphysique du réel ne saurait se construire par concepts, comme l'avait admis Kant à l'encontre de sa propre critique, puisque les concepts ne sont que des extraits de l'expérience d'autant plus vides de réel qu'ils sont plus généraux 1. Elle doit, bien au contraire, se rapprocher de l'expérience. Si elle est un « déchiffrage », une interprétation de l'expérience, mieux encore, si on doit la définir « la science de l'expérience en général », n'est-ce pas « à l'expérience qu'elle doit puiser »? Le problème métaphysique est « empiriquement donné », puisque l'insuffisance du naturalisme, Y « étonnement » de l'esprit devant le « mystère » des choses sont des faits dûment constatés : comment donc la solution de l'énigme pourrait-elle être autre chose qu'empirique ellemême2? Mais, d'autre part, l'explication métaphysique doit être radicalement distincte de l'explication physique, puisque celle-là doit résoudre les problèmes que celle-ci est condamnée à poser sans pouvoir les éclaircir. Sans doute le métaphysicien doit être familier avec les diverses branches des sciences de la nature, car la science établit les données précises du problème métaphysique et l'on

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