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Monde, W., I, p. 208 sq

SCHOPENHA.UER .

peut dire que l'explication métaphysique commence au point précis où s'arrête celle du savant ; mais, entre l'explication physique, causale, du phénomène, et l'explication de la cause elle-même par la chose en soi, il y a « un abime profond, une différence radicale ». Qu'est-ce à dire, sinon que la possibilité de la métaphysique est suspendue à celle de l'expérience, mais d'une expérience absolument distincte de celle que l'entendement ordonne et que la science explique 1 ?

Pareille expérience est-elle possible? C'est, sans doute, ce qu'aucune dialectique ne saurait démontrer ni infirmer a priori. Aussi nous parait-il inexact de dire, comme l'ont fait von Hartmann et Volkelt, que la métaphysique deSchopenhauer « se tient sur un terrain que sa théorie de la connaissance lui interdit2 ». A vrai dire, les déclarations du philosophe prêtent à confusion : tant qu'il fait la théorie de la représentation, Schopenhauer répète à satiété qu'il n'y a de connaissance que du phénomène ; mais il faut, croyons-nous, entendre par là, — comme l'avait signifié Kant, à qui pense constamment Schopenhauer dans cette partie de sa doctrine , — que la science du monde, c'est-à-dire de ce qui est donné à la représentation, dans les cadres de l'espace et du temps, n'atteint pas la chose en soi et s'arrête à l'apparence . Mais cette thèse n'exclut nullement a priori la possibilité d'un autre mode de connaissance, indépendant du principe de raison suffisante, ni celle de sources du savoir distinctes de la perception représentative. Après tout, l'expérience seule doit répondre si d'autres intuitions

1. Monde, W., I, p. 206-207. Cf. Lib., $ 3 ; W., III, p. 425 sq.

2. Volkelt, op. cit., p. 139; v. Hartmann, Gesamm. Stud. u. Aufsàtze, Berl., 1876, p. 637 sq.

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que celles de la représentation sont accessibles à l'esprit. On ne demande point à l'homme qui voit de démontrer en raison s'il est, en outre, capable de mouvement : qu'il marche, cela suffit. Il restera seulement au critique le droit de juger sur pièces si l'expérience invoquée apporte vraiment des données inédites et irréductibles à la représentation.

En tout cas, la réponse de l'expérience ne saurait être que très simple et très brève. Quelle est-elle?

g 2. — L'expérience du corps.

Si l'homme était purement un sujet connaissant, une « chose qui pense », c'est-à-dire si la conscience n'avait d'autre contenu que des représentations et des concepts, il ne pourrait évidemment pénétrer la chose en soi, puisque, de cette chose, il n'aurait encore qu'une représentation ou un concept. Mais l'homme n'est pas simplement un miroir placé en face des choses qu'il reflète ; « il a lui-même sa racine dans le monde ». Il est un individu, c'est-à-dire que l'exercice de la fonction représentative est liée à un cerveau et servie par un corps. Les affections de ce corps sont, pour le sujet, l'instrument de ses représentations. Qu'est-ce donc que le corps lui-même? Pour le sujet connaissant, c'est encore une représentation, une forme visuelle, tactile, un « objet » situé dans l'espace, et dont certains phénomènes s'expliquent mécaniquement comme ceux des objets ordinaires : on me frappe, j'entends un son; on soulève mon bras, il suit le mouvement. Mais, parfois aussi, le corps apparaît au sujet sous un aspect tout nouveau; c'est le cas où un mouvement du corps, au

lieu d'avoir une cause externe, telle qu'un choc dont le mode d'action m'échappe, véritable qualité occulte, est le fait de mon effort intérieur, de ma Volonté. Là est la clé de l'énigme. Car cette liaison de la volonté et du mouvement musculaire n'est pas accidentelle, mais essentielle. « Tout acte véritable de la volonté du sujet est aussitôt et inévitablement un mouvement de son corps; il ne peut réellement vouloir l'acte, sans percevoir en même temps que celui-ci apparaît comme mouvement corporel. L'acte volontaire et l'action du corps ne sont pas deux états différents, connus objectivement et unis par le lien de causalité ; ils ne sont pas dans un rapport de cause à effet ; mais ils sont une seule et même chose, donnée seulement de deux façons totalement différentes : d'un côté, d'une façon tout immédiate, de l'autre, comme une intuition offerte à l'entendement. L'action du corps n'est rien autre que l'acte de la volonté objectivé, c'est-à-dire entré dans l'intuition. Tout le corps n'est rien autre que la volonté objectivée, c'est-à-dire devenue représentation... La volonté est la connaissance a 'priori du corps; le corps, la connaissance a posteriori de la volonté1 ».

Il fallait citer tout entière cette page admirable que toute analyse appauvrirait. Mais que de questions, que d'objections se pressent, auxquelles il nous faut tenter de répondre sans retard!

Et, tout d'abord, la volonté peut-elle, comme l'a pensé Schopenhauer, s'isoler de la représentation, pour s'identifier avec l'action corporelle ? En fait, quand je prends un parti après délibération, ma décision n'est-elle pas arrêtée

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