Monde, I, §18; W., I, p
LA VOLONTÉ
avant que mon organisme l'exécute ? Le vouloir réfléchi, tout au moins, n'est-il pas un état intellectuel ? Schopenhauer a longuement discuté l'objection dans la dissertation sur le Libre Arbitre. Il y montre, avec une singulière finesse, que nous pouvons, par la raison, comparer entre eux les mobiles de notre action, mettre en balance nos désirs, imaginer les issues possibles d'un parti à prendre, mais que nous n'avons conscience de vraiment vouloir qu'au moment où nous passons à l'acte. Tant que l'action est à venir, la conscience du vouloir se borne à cette affirmation élémentaire : Je puis faire ce que je veux; c'est-à-dire : Si je veux, à un moment donné, les mouvements de mon corps accompliront immédiatement cette décision 4 . Lïllusion du libre arbitre consiste précisément à confondre le conflit tumultueux des désirs ou le jeu arbitraire (beliebig) des représentations avec l'entrée en scène du pouvoir d'exécution, qui est d'ordre purement intérieur. Car autre chose est de disposer les motifs qui, au point de vue de la connaissance, justifient un acte à venir, autre chose faire de cet acte une réalité effective, vécue. En fait, il n'y a vouloir réel que dans l'acte : vouloir, c'est déjà agir2.
On ne saurait donc faire rentrer la volonté dans la représentation par le biais, qui semblait ouvert, de la « motivation » ; celle-ci laisse échapper ce qu'il y a de plus intime dans la spontanéité du vouloir. A plus forte raison ne pourrait-on expliquer le vouloir, comme les représentations externes, en termes d'espace ni de causalité mécanique; et moins encore est-il réductible au concept,
1. Lib.y ch. h; W., III, notamment p. 395. Cf. Vol., ibid., p. 221.