‹ SchopenhauerChapitre 134 sur 266 · lUd.y p · texte numérisé non relu

lUd.y p

LA VOLONTÉ

Mais ici se pose une double objection; pis encore : une double contradiction semble se glisser dans la tbèse. D'une part, en identifiant l'expérience du vouloir avec celle de l'effort corporel, ne lui assigne-t-on pas un caractère essentiellement spatial? Et, d'autre part, Schopenhauer, dans un passage souvent discuté des Suppléments ? n'a-t-il pas reconnu que la connaissance de notre être intime, si elle est affranchie de la forme de l'espace et de celle de la causalité, reste soumise à la forme du temps? « Chacun, dit-il, ne connaît sa volonté que dans la succession de ses actes isolés, et non dans son tout ni dans son essence1 ». Cette concession est évidemment fort grave; il ne nous semble pas cependant qu'elle contredise la doctrine, et l'interprétation suivante satisfait, croyons-nous, à la fois aux deux objections.

Une formule précise nous parait fournir la clé de l'énigme : « Il nous faut apprendre à comprendre la nature en partant de nous-même, et non pas, à l'inverse, chercher à nous comprendre en partant de la nature2. » Si nous allons de la nature à notre essence intime, nous serons toujours séparés de celle-ci par le voile de la représentation, car nous resterons toujours dans l'attitude du sujet en face d'un objet donné, et nous introduirons la dualité dans l'indivisible unité de la chose en soi. Il faut donc, une bonne fois, passer de l'autre côté du voile, mais non pas pour s'y perdre dans la contemplation d'une réalité cachée, car nous prolongerions ainsi notre attitude de sujet intuitif et nous reporterions plus loin devant nous le rideau que nous croirions avoir écarté. Bien loin donc de

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