Ibid
contempler, il nous faut nous placer au centre même de la volonté, et, de ce centre, nous retourner vers le dehors, c'est-à-dire agir. En d'autres termes, on ne peut avoir de la volonté qu'une expérience agissante, volontaire. Cette expérience est, d'ailleurs, accessible à tous; c'est celle de l'effort, non pas, il est vrai, celle de l'effort qui nous paraît se répartir à travers nos articulations, s'étaler à la surface de notre corps; car c'est là déjà le point d'aboutissement de l'effort proprement dit, son entrée en scène dans la représentation. C'est à l'autre extrémité des lignes de force, au centre d'où ces lignes émanent vers la périphérie comme autant de rayons dynamiques, qu'il nous faut nous transporter par un effort de concentration vitale. La volonté pure est le point initial de l'effort.
Est-il possible de préciser davantage? Non, et les termes que nous venons d'employer ne donnent encore de la réalité qu'une image grossière et fausse; car les mots, simples signes destinés à « fixer les concepts », c'est-àdire empruntés au langage de la représentation, n'expriment adéquatement que des images et des abstractions *. Nous avons affaire ici au cas unique d'une aperception à la fois accessible à tous et ineffable; on expérimente en soi le vouloir, et rien ne peut égaler l'intimité, la sûreté, la profondeur, l'intensité de cette expérience : mais l'analyse abstraite n'en saurait rien saisir.
Est-ce à dire, toutefois, que l'entendement doive s'interdire d'interpréter, à sa manière, cette irréductible expérience? Et la philosophie, parce que sa mission est de « dessiner l'image du monde en concepts abstraits2 »,