Monde, Supplém., ch. xxvni; W., II, p
LA VOLONTÉ
Mais, objectera- t-on, l'illusion n'est-elle pas insurmontable? Si le sujet, parce qu'il est lié à un corps individuel, peut, par un effort de reploiement sur soi, saisir à son point initial la volonté génératrice de l'effort, que lui apprend cette expérience sur l'essence de ce qui n'est pas son corps? Les autres corps, mes semblables mêmes, ne sont pour moi que des représentations, et nous n'avons plus la ressource de nous transporter au delà de ces phénomènes pour saisir, par le dedans, le processus au terme duquel ils s'étalent dans l'intuition. Le sujet n'est-il pas, par définition, muré dans sa subjectivité?
L'objection est grave; cependant, il n'est pas surprenant que Schopenhauer, qui l'a prévue, ne s'en alarme guère. Nous avons vu comment, pénétré du vif sentiment du réel, il s'affranchit de l'illusionnisme romantique, pour se placer résolument au sein de l'absolu. A plus forte raison ne devait-il pas s'embarrasser longuement des arguments de l'idéalisme; il accorde bien qu'on ne saurait ruiner par des preuves formelles 1' « égoïsme théorique » du sujet qui n'admettrait que sa propre réalité en face d'un univers de fantômes ; mais il ne voit guère dans cette prétention qu'un amusement d'école, un « sophisme sceptique », dont aucun dogmatisme ne s'est sérieusement inquiété. C'est, ajoute-t-il encore, « un petit fort de frontière, à vrai dire imprenable, mais dont la garnison est condamnée à ne jamais sortir; c'est pourquoi on passe devant et on le laisse sans danger derrière soi1 ».
C'est qu'à défaut d'une critique en règle du solipsisme, la simple comparaison de nous-même aux objets qui nous