‹ SchopenhauerChapitre 139 sur 266 · Monde, I, § 19; W., I, p · texte numérisé non relu

Monde, I, § 19; W., I, p

entourent nous amène invinciblement à penser que notre essence est identique à celle des objets de notre perception, que toute représentation est le phénomène d'une volonté. Simple analogie, dira-t-on, mais, réplique notre philosophe, analogie combien forte et pratiquement irrésistible ! De deux choses l'une, en effet : ou mon corps ne diffère des autres objets de l'espace que par le mode de connaissance, c'està-dire est la seule représentation que je connaisse à la fois par le dehors et par le dedans : en ce cas, et par hypothèse une même essence se cache sous ces représentations qui sont, comme les monades de Leibnitz, autant de points de vue d'une même réalité; — ou bien mon corps diffère essentiellement de toutes les autres représentations, il est le seul qui soit à la fois représentation et volonté ; et telle est justement la prétention de l'égoïsme théorique, dont aucun argument en règle ne peut triompher. Mais, outre qu'une si radicale différence est en ellemême inexplicable, elle nous interdit à tout jamais de risquer la moindre hypothèse sur la nature du non-moi. Nous ne pouvons pas à notre gré bâtir les choses avec des éléments arbitrairement choisis; c'est du réel qu'il faut aller au réel, et le seul réel qui nous soit accessible, c'est la volonté que nous révèle l'expérieDce intime de l'action. Ou bien donc nous renoncerons à rien savoir, à rien penser de ce monde qui, cependant, ne peut nous rester indifférent, qui nous enchante, nous broie et tourmente notre soif de connaître, — ou bien nous expliquerons ce monde comme nous avons expliqué notre corps, nous dirons qu'il est volonté dans son fond1.

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