‹ SchopenhauerChapitre 140 sur 266 · Monde, W., I, p · texte numérisé non relu

Monde, W., I, p

LA VOLONTÉ. 209

Et voici que l'hypothèse qui m'avait rendu intelligible à moi-même m'ouvre soudain l'intelligence du non-moi. Gomme une « parole magique », le mot de volonté nous fait pénétrer dans « la plus intime essence de toute chose1 » et une fois de plus, la fragilité théorique de l'hypothèse est rachetée par la surabondance des confirmations de l'expérience. C'est d'abord l'expérience sociale qui s'ajoute lourdement à celle de l'individu. Comme les membres qui les composent, les sociétés veulent vivre et accroître leur empire sur les choses, et l'ambition, qui n'est qu'une volonté de vie plus intense, les pousse à des guerres acharnées. En temps de paix même, la soif de jouir, la peur de la souffrance et de la mort entretiennent d'âpres combats autour des biens de la vie. Considère-t-on l'espèce animale? Partout même acharnement à vivre : ruses prodigieuses de l'instinct, zèle infatigable de la fourmi, variété infinie des procédés de chasse, et, par-dessus tout, combat incessant des espèces, « bellum omnium, où chacun est tour à tour chasseur et chassé; tumulte, privation, misère et angoisse, cris et hurlements, et cela sans répit, jusqu'à la fin des siècles2 ». Et non content de sauvegarder, pour un peu de temps, une vie toujours misérable, l'individu s'évertue à la prolonger après lui ; l'instinct sexuel pourvoit Moloch de nouvelles victimes. Serviteur inconscient de l'espèce, l'individu travaille à perpétuer sa race, là où il croit rechercher un plaisir égoïste : « Représentons-nous un animal au moment du rut et dans l'acte de la génération. 11 témoigne d'une gravité, d'une ardeur extraordinaires. Que se passe-t-il donc en lui? Sait-il qu'il doit mourir et que, de

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