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LA VOLONTÉ
qui s'obstinent à durer, des germes séculaires qui n'attendent qu'une goutte d'eau pour se développer, des mousses qui s'accrochent aux granits les plus durs, des individus et des espèces qui, se disputant le sol, l'air et la lumière, se pressent, s'étouffent en luttes silencieuses, mais incessantes et meurtrières? Et, là encore, l'ingénieuse volonté n'a-t-elle pas pourvu les espèces des moyens les plus variés de porterie pollen au pistil, et plus tard, la graine là où elle aura chance de germer ? Ne semble-t-il pas que, pour la plante comme pour l'animal, la grande affaire soit de vivre et de se survivre, et cela sans dessein, sans profit, sans raison? Peut-être même est-ce au delà des limites de la vie que l'analogie doit nous conduire. Ce que nous appelons vie n'est peut-être que la réussite la plus heureuse d'une activité plus vaste encore, orientée tout entière vers une organisation de plus en plus parfaite. La matière n'est pas inerte; sous son apparente torpeur, le physicien découvre des affinités, des tendances, des forces, et le cristal est déjà, parmi les minéraux, une première ébauche d'organisation. Renoncerons-nous à définir ces forces? Nous sommes embarqués, et il faut ou revenir au point de départ, ou aller jusqu'au terme de l'exploration. Ou bien l'analogie nous a trompés dès l'origine sur la route à suivre, et il nous faut abdiquer tout espoir d'aborder jamais sur la rive la plus proche ; ou elle est vraiment le clair fanal dont le faisceau lumineux illumine tout à coup le détail du plus lointain horizon. Si mon corps est volonté, volonté aussi sont l'homme qui aime et l'animal qui chasse, volonté la pourriture qui fermente, la pierre qui tombe, l'aimant qui s'oriente vers le Nord. Mais il faut aller plus loin encore. Entre ma vo-
lonté et celle que j'entrevois derrière la variété des phénomènes, il y a plus que la simple homogénéité de réalités semblables, mais distinctes; car cette variété des espèces et des individus, cette opposition du non-moi et du moi ne sont que des points de vue de la représentation. Au point de vue de l'essence, ces distinctions s'évanouissent brusquement. Il ne suffit plus de dire : tout est volonté; il faut ajouter : c'est une même et unique Volonté qui s'extériorise dans les décisions du libre-arbitre, dans les créations de l'instinct, dans les sourdes affinités de l'atome. Ainsi l'univers, qui semblait lointain, se rapproche soudain de l'esprit qui le sonde ; au sein de la vie universelle, Je sujet communie à la Volonté unique, dont l'apparente séparation des individus dans l'espace et le temps ne peut dissoudre Fessentie lie simplicité. Elle est tout entière en tout, comme le NoDç des Alexandrins; « il n'y a pas une plus petite partie d'elle dans la pierre, et une plus grande dans l'homme...; elle se manifeste aussi bien et autant dans un chêne unique que dans un million de chênes1 ». Elle est moi et je suis elle. L'être qui semblait fuir est proche, non pas être de raison, entité abstraite, mais réalité vivante, dont chacun peut retrouver en soi « la grandeur colossale 2 ».
§ 5. — Caractère général de la doctrine.
Nous voici arrivés au cœur du système ; il n'est pas inutile de faire halte pour en reconnaître la perspective et en préciser le caractère général.