Vol., ad tinem, W., 111, p
LA VOLONTÉ-
Nous ne reviendrons pas sur les sources historiques, en particulier sur la dépendance, souvent discutée *, de Schopenhauer à l'égard de ses devanciers immédiats, Schelling et Fichte. Nous avons dit plus haut2 en quoi cette dépendance nous semble avoir été fort exagérée. En fait, si Ton rapproche Schopenhauer de ses proches voisins de l'école romantique, on est infiniment plus frappé des contrastes que des ressemblances. Ce qui domine, en effet, chez les trois grands idéalistes issus de l'école de Kant, c'est un même souci d'accorder la primauté à l'intelligence dans l'explication des choses. Sans doute l'opposition est particulièrement vive entre Schopenhauer et Hegel, car, chez ce dernier, la raison n'est pas seulement la forme, mais la substance unique du réel, et von Hartmann a eu raison de signaler le « panthélisme » de Schopenhauer et le « panlogisme » de Hegel comme les types les plus opposés de constructions métaphysiques. Mais l'esprit qui se développe en nature, dans la première période de la philosophie de Schelling, et le moi débordant de raison de Fichte ne sont guère moins irréductibles à la volonté « aveugle », « sans raison » (grundlos), qui, par une inexplicable spontanéité, engendre un monde absurde et mauvais. Sur ce point, on ne peut qu'admirer la parfaite rigueur de la thèse de Schopenhauer. A aucun moment, par aucun biais, il n'a tenté de réintégrer dans la volonté originelle le moindre germe de raison, de conscience, de calcul ou d'ordre. Quoi qu'on pense du système, il faut y reconnaître un essai extrêmement hardi et franc de construire le réel et
1. Par von Hartmann, E. Lehmann, Th. Lorentz, R. Seydel, Wapler, etc. Cf. Appendice bibliographique.