‹ SchopenhauerChapitre 146 sur 266 · Monde, I, g 29, W., I, p. 226 sq · texte numérisé non relu

Monde, I, g 29, W., I, p. 226 sq

On ne s'étonnera donc point — seconde conséquence — si ce monde, né du caprice pur, est douloureux et mauvais, si notre monde humain, en particulier, « est le royaume du hasard et de l'erreur1 ». Sur le terrain de l'alogisme ne peut croître qu'une fleur empoisonnée, le pessimisme. Et c'est la encore un aspect, non des moindres, qui distingue là philosophie de Schopenhauer de celle des grands idéalistes allemands, ses proches devanciers, dont le rationalisme s'épanouit logiquement en optimisme.

Un autre caractère de cette doctrine eu est le franc athéisme. On sait la violente aversion de Schopenhauer pour le théisme. Celui-ci lui apparaît comme une fâcheuse infiltration de dogmes judéo-chrétiens dans la tradition philosophique2. Mais il est juste d'ajouter que cette aversion se double d'arguments. D'une manière générale, Schopenhauer reprend à son compte la critique kantienne des arguments classiques en faveur de l'existence de Dieu, et, selon sa coutume, il réduit cette critique à sa plus simple expression. En quelques mots dédaigneux, il exécute la preuve ontologique, « plaisante bouffonnerie », qui consiste à extraire analytiquement d'un jugement la notion d'existence, qu'on a eu soin d'y inclure par avance en construisant à son gré la définition du Dieu dont il s'agit de prouver l'existence. A cette objection purement kantienne, il ajoute cette instance : de deux choses l'une, ou la notion est empruntée à l'existence, et, en ce cas, l'objet dont on veut démontrer la réalité est connu comme existant, et la preuve est inutile; — ou la notion est un pur concept, et l'addition de tous les attributs qu'on voudra

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