Parerga, I, W., VI, p
LA VOLONTÉ
n'y ajoutera pas une ombre de réalité4. Quant à la preuve cosmologique, elle est d'avance réfutée par la théorie de la représentation; car elle consiste à remonter du monde à Dieu, comme d'un effet à sa cause, c'est-à-dire à appliquer à la chose en soi, située hors du temps, la notion de causalité qui n'a de sens que dans le temps et dans l'expérience2. D'une manière plus générale encore, toute démonstration de l'existence de Dieu est impossible a priori, parce que la notion de nécessité, dont on se sert pour affirmer l'existence de l'être inconditionné, n'a de sens que dans le monde conditionné des phénomènes. Est seul nécessaire l'ordre des représentations dans l'intuition, nécessité d'ailleurs purement relative aux lois de l'entendement. Toute extension du nécessaire à l'absolu est par avance frappée de stérilité3.
Sera-t-il permis, du moins, de considérer la Volonté, essence des choses, comme une sorte de Dieu immanent au monde et déroulant sa propre substance en déterminations sans cesse plus riches? Le rapprochement qui s'impose avec Plotin, Giordano Bruno, Spinoza, Schelling, Hegel môme, n'autorise-t-il pas àclasser cette philosophie comme un panthéisme? Schopenhauer est, sans doute, un peu moins dur pour cette conception métaphysique que pour le théisme; il consent à partager la formule Iv xat rcav, non seulement avec les Védas, mais avec les Eléates, Scot Erigène, Bruno et Spinoza4. Mais il ne voit guère dans le panthéisme qu'un athéisme poli, un « euphé-
1. Rais, suffis., § 7, W., III, p. 23-24. Cf. Parerga, loc. cit., p. 131-132.
2. Parerga, ibid., p. 129. Cf. Monde, I, § 24, W., I, p. 174.