Ibid., g 30, p
dans la représentation, plus la Volonté s'y retrouve, s'y concentre, s'y exalte : vires acquirit eimdo.
C'est pourquoi encore Schopenhauer croit trouver, dans les phénomènes qui procèdent des forces les plus simples de la nature, une intelligibilité qui s'effacera à mesure que la Volonté s'exprimera en créations plus complexes. En effet, aux premiers degrés du développement de la nature, l'objectivation de la Volonté, qui n'est encore que la force mécanique, se réduit presque entièrement aux caractères qu'elle emprunte aux conditions de l'espace et du temps ; or ces conditions, étant imposées à l'expérience par l'entendement, sont par là même intelligibles, susceptibles de mesure et de calcul. En d'autres termes, dans les phénomènes mécaniques, la forme nécessaire l'emporte sur le contenu empirique. A mesure, au contraire, que la Volonté redoublera ses efforts pour parfaire son objectivation, elle introduira dans les phénomènes un élément imprévu, une complication, une contingence, que la raison ne peut prévoir ni toujours expliquer et que l'expérience se borne à constater : dès lors, « le contenu l'emporte sur la forme » ; et ce contenu, c'est la « volonté, Va posteriori, la chose en soi, la liberté, l'irrationnel (das Grundiose)1 ». C'est ce qu'on peut exprimer encore, en disant que l'intelligibilité décroît dans les choses à mesure que s'y dessine le concret, l'individuel, en un mot, le caractère. On s'explique enfin pourquoi Schopenhauer a pu dire sans contradiction que l'homme, en qui il aperçoit la plus extrême individu ation, « peut être considéré, dans une certaine mesure, comme sa propre Idée2 ». Platon s'était
!. Vol., W., III, p. 284.