Quadr., p. 39, W., III, p. 151 sq
ploi qu'il avait fait lui-même de l'intuition dans sa physique de la lumière, et, comme ces problèmes ne cessaient de préoccuper le poète, il lui sembla que son interlocuteur était tout désigné pour achever des recherches qu'il n'avait pu pousser lui-même aussi loin qu'il aurait voulu. Il engagea donc Schopenhauer à approfondir la théorie des couleurs, et nous verrons bientôt que le conseil fut suivi à la lettre. De son côté, l'étudiant exposait au maitre ses projets, sa théorie de l'illusion, son pessimisme systématique. Quand il s'éloigna sans retour de Weimar,il présenta à Gœthe un cahier blanc sur lequel celui-ci inscrivit ce beau distique, où Ton trouve une sorte de leçon paternelle :
Willst du dich deines Werthes freuen, So musst der Welt du Wert verleihen.
« Veux-tu jouir de ta propre valeur? Prête aussi une valeur au monde » (8 mai) \
La leçon ne fut pas écoutée; mais Schopenhauer dut à Gœthe plus qu'un bon conseil ; il en avait reçu « la grâce », disait-il longtemps après. L'estime du grand penseur le consolait du persiflage de sa mère ; elle confirmait sa vocation et éveillait en lui la conscience de son génie. « Le divin Gœthe » l'avait sacré philosophe.
S 3. — Les années fécondes (1814-1820).
Le moment où Schopenhauer quitte Weimar pour s'installer à Dresde, marque avec précision le moment critique de