‹ SchopenhauerChapitre 17 sur 266 · W., t. VI, p · texte numérisé non relu

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sa vie. 11 vient de rompre à jamais avec les siens, et de prendre congé de l'Université. Matériellement indépendant, il est libre de tout lien, de tout engagement, de toute affection. Quel usage fera-t-il de cette liberté ? Il vient à peine d'achever ses études; mais déjà il a rencontré toutes les influences qui expliquent l'orientation de son esprit : il a lu les romantiques et lesphilosophes contemporains, Schelling et Hegel; il a entendu Fichte et Schleiermacher, approfondi Platon et Kant, et assimilé le meilleur des sciences de son temps. Un amateur curieux des choses de l'Orient, Fr. Maier, qu'il avait rencontré chez Gœthe, venait de lui révéler les mythes de l'Inde ancienne. Il a donc, en six années, largement suppléé aux lacunes de sa première éducation intellectuelle. Mais saura-t-il, une fois livré à lui-même, dominer ce savoir hâtivement acquis, ou en sera-t-il accablé? Son œuvre sera-t-elle une création ou une encyclopédie ?

En fait, aucun écrivain n'est resté plus indépendant que Schopenhauer à l'égard des doctrines dont il s'inspire. Aucun n'a plus craint d'être dupe et n'a mieux réussi à éviter de l'être. Infiniment curieux du passé, avide observateur du monde qui l'entoure, il reçoit beaucoup du dehors; mais il assimile et transforme en sa propre substance tout ce qu'il emprunte à l'histoire, à la science et à la vie. Le séjour à Dresde marque précisément l'instant, assez court d'ailleurs, où ce pouvoir d'élaboration originale est le plus intense. Il l'a noté lui-même, en 1849, en marge d'un manuscrit de 1814 : « Les feuilles écrites à Dresde, durant les années 1814-1818, témoignent de la fermentation de ma pensée. Toute ma philosophie en est sortie alors, en se dégageant peu à peu, comme un beau paysage sort des brouil-

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lards du matin. — Il est remarquable que dès 1814. (ma vingt-septième année), tous les dogmes de mon système, même les secondaires, s'établissent1 ». Ce témoignage d'un penseur, qui a toujours été sincère et clairvoyant à son pro- pre égard, est capital. Nous manquât-il, même, qu'il serait possible d'y suppléer en étudiant de près les fragments de manuscrits dont Grisebach a fait un choix fort intelligent et dont il a soigneusement relevé les dates. Ce n'est pas à la veille d'écrire son grand ouvrage, c'est bien dès le second semestre de 1814. que Schopenhauer consignait dans ses notes les idées maîtresses qui formeront les piliers de son système : théorie du sujet pur2, primat de la volonté 3, identité de la volonté et de la chose en soi4, néant de la vie et libération par la suspension du vouloir5, vanité du suicide, « chef-d'œuvre de Maïa6 », illusion du plaisir génésique7, tous les germes du Monde comme volonté et comme représentation sont là. D'autre part, les fréquentes références à Platon8 et aux poèmes de l'Inde ancienne9 nous indiquent quelles sont, dès cette époque,

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